Vas voir un sexologue, un psychiatre et je te paie les 80 dinars

C’est l’histoire d’une femme qui s’est battue, seule, face à un homme, poignardé dans sa masculinité. Le tort de cette femme était de quitter un mâle alors qu’il avait encore envie de jouer. C’est l’histoire d’un combat difficile mais nécessaire. Je partage avec vous ce texte pour apaiser, en partie, la douleur de cette femme. Mais je le partage surtout pour dire aux autres « Allez ! Femmes ! Videz vos sacs ! Vous devez être fière de vos combats ! »

Je vous parle d’un homme qui a pris la parole pour défendre les libertés et les valeurs humaines. Ce genre d’hommes qu’on adore écouter les discours révolutionnaires sur la femme, le cinéma, la politique, la société, l’injustice sociale, les combats de libération, l’image, le pouvoir, l’art … Tout et partout, il est magnifique !  Il respecte la femme. Il a fait la révolution. Les libertés sont sa bible. L’amour est sa foi. Ce genre d’hommes qui vous parle de Fallegua, de Jhon Lee Hooker, de Grace Jones et de Monthy Python.

On est sorti ensemble pendant 10 mois à peu près et je l’ai quitté doucement tout en sachant qu’il était dans la merde. Durant une longue période, j’ai supporté ses discours dépressifs et suicidaires. Puis, à un moment, je n’en pouvais plus. Avec le temps, je me suis rendue compte qu’il sera toujours dans la merde parce qu’il le veut bien. Petit à petit, j’ai vu en lui le bouffeur d’énergie, le parasite qui ne s’aime pas, qui se déteste et qui détruit tout ce qui l’entoure. Je ne peux pas être avec une personne qui se déteste car je crois profondément qu’il faut s’aimer et s’accepter pour pouvoir aimer les autres.

Alors, j’ai quitté cette putain de table, sans faire le moindre bruit. Avec le recul, je pense, qu’en fait, je n’ai pas connu une personne mais plutôt son ego. Et quand l’ego se trouve seul face à ses propres démons, avec les années de vide et l’absence du moindre travail sur soi-même, ça fait un mélange explosif de haine, de méchanceté et de wabna. Alors, pour calmer la tempête de son ego, ce « merveilleux menayek » (on va l’appeler ainsi) s’attaque à l’Autre sans relâche. Parce que, lui, il est parfait. Il oublie toute l’image qu’il a dessinée de lui-même et s’abdique devant sa seule et unique vérité : un merveilleux menayek !

De mon côté, j’étais dans une étape où je voulais avancer à tout prix. Donc,  il m’a fallu quitter ce petit monstre et j’ai pris mon temps pour guérir de cette relation toxique et de passer à autre chose. J’étais naïve ! Je ne pensais pas que ma souffrance venait tout juste de commencer. Le jour de la rupture, le merveilleux menayek me menace. « Tu es devenue mon ennemie » voilà ce qu’il m’a dit. J’ai rien dit sur le coup. J’ai su que j’allais payer la facture et c’était vraiment le cas.

Pendant 7 mois, j’ai reçu, quotidiennement, des insultes sur mon téléphone, facebook et mon mail. Il a fait des caricatures horribles de moi. Il a massacré mon visage grâce à une tablette graphique. Il a remplacé ma tête avec celle d’un robot (eyh :D) et il a publié toutes ces photos sur Behance.

Quand j’ai changé de téléphone, il a débarqué chez moi. J’ai eu peur mais il n’a rien eu…

Imaginez ce quotidien ! Vous vous réveillez chaque matin avec ces mots « yé 9a7ba , yé malhét… je vais te détruire … tu ne vaux rien … » C’était mon quotidien ! Et ça a duré 7 mois (210 jours ) ! Moi, je l’ai vécu, réellement, tout ça, et sans que je m’en rende compte à quel point c’était cruel. Ces messages, je les ai reçus, dans la moyenne de 5 fois par jour. Mon combat était de ne pas me laisser influencée par ses propos. Mais, à force d’user de ma force, il m’a eu. J’étais devenue, au bout de quelques mois, une grande décharge émotionnelle d’énergie négative, de complexes et d’insultes …

Mon merveilleux menayek avait fait tout un rituel de harcèlement. La journée, vers 14h, il s’excuse sur les messages de la veille. C’est le moment des remords, juste après le café « matinal ». Vers 18h, au bout de la deuxième bière, il reprend les insultes. Et il se lâche à nouveau sur moi. Les mêmes insultes. Les mêmes complexes. Vers 2h du matin, il m’envoie (mais tout le temps d’un autre numéro) d’autres messages où il parle avec une vulgarité énorme de mon corps, de mes seins, de mes cuisses, etc.

Il m’a eu à l’usure. À force de lire ses textos et ses messages, je culpabilisais, tous les jours, en me disant que je l’ai détruit, que je suis responsable de son état actuel, il y’ avait des moments de faiblesses et de solitudes où je ne m’aimais plus.  Mais, après, je reviens sur mes pensées noires. Non ! Il doit assumer ce qu’il a fait. Il est mature et je n’ai pas à avoir ses échecs sur le dos. Je n’en suis pas responsable !!! Et je n’ai rien fais ! J’ai rompu kahaw 🙂

Ce qui m’a appris mon merveilleux menayek à travers le mélange explosif d’ego, de complexes et aussi de lâcheté est que la bassesse n’a pas de limite. Une bassesse inattendue mais d’une pertinence incroyable et avec la cerise sur le gâteau: mon silence face à ses insultes. Un silence qu’il ne supporte pas. Un silence qui l’a rendu fou. Un silence qui lui a servi de catalyseur pour embrasser le fond de la médiocrité.

Ce qu’il a fait ? Il a envoyé des messages à mon père, ma mère, mes sœurs et mon petit frère qui contiennent  à peu près les mêmes propos :

« Votre fille m’a quitté et elle a préféré sa vie de 9a7ba. Elle fume des joints. Elle boit de l’alcool. Elle a avorté et elle risque de ne plus avoir des enfants. Je voulais garder le bébé ( nostorha) mais elle a refusé parce que c’est une salope. En plus, elle a un compte bancaire ( echkhass saadi ) et elle a des clients partout qui lui offrent les bières ».

En pièces jointes, il a envoyé les documents médicaux de mon avortement. Et, il a tout balancé sur facebook.

Mes parents sont divorcés. Le soir où mon merveilleux Menayek a envoyé le message à ma famille. Ce soir-là, j’étais avec mon père, sa femme et mon frère et deux sœurs. Je les ai invités chez moi pour passer le weekend. J’ai passé 27 ans à tout faire pour rester proche de mon père. Je faisais 300 km régulièrement pour aller le voir. Je me suis tapée les bus de 5h du matin, les terrains de 12h pour garder contact avec lui. Je me suis battue pour préserver notre relation malgré le divorce, la société « bhima » dans laquelle on vit et les difficultés de vivre avec une mère seule, divorcée …

Ce soir-là, sur le toit de la maison, ma petite sœur est venue me dire que notre papa et ma grande sœur (voilée et un peu réservée) savent tout et savent que j’ai avorté.

A cet instant précis dont j’ai encore du mal à en parler, j’ai ressenti une rage indescriptible! J’ai ressenti une grande haine. À cet instant, j’avais envie de le massacrer. J’ai passé des mois à chercher une image dans ma tête pour donner forme à ma vengeance. Et je ne l’ai pas encore trouvée. J’ai pensé à plusieurs trucs, qu’il soit tabassé tous les jours et qu’il soit jeté nul part. J’ai pensé à des scènes de torture et à lui faire du mal ! Mais, j’ai très vite renoncé. Je ne suis pas un monstre !  Je me suis dite que cette bassesse, je ne l’ai pas découvert pour y succomber.

Alors, ce soir, sur le toit de notre belle maison et avec mes amours, je me suis trouvée à allumer une cigarette face à mon père assis devant la table de dîner arrosé. Il me regardait, silencieux et il attendait une réponse. J’avais peur. J’avais les boules. Un harcèlement permanent, un avortement pénible sur le dos et quelque chose qui ressemble à une crise d’angoisse qui a accompagné tous mes mots.

J’ai tout balancé !

oui, je bois et j’ai des préférences. J’aime la tequila !  Oui, je suis tombée enceinte. J’ai refusé de garder le bébé et j’avais raison. Oui, j’ai avorté mais j’étais la majeur de ma promotion pourtant j’étais dans la merde. Oui, j’ai le droit d’avoir des relations sexuelles et je m’en tape carrément des règles imposées par la société. J’ai mes propres règles et c’est ma vie et j’en suis responsable.

Ma famille était sous le choc. C’était réellement dur de tout se dire au même temps. Ils comprenaient pas comment et pourquoi j’ai rien dit et j’ai tout encaissé toute seule. Mon père m’a toujours aidé par son amour, ses paroles, les livres qu’il m’a offerts et les citations qu’il m’a toujours répétées dont  “ومن يتهيب صعود الجبال يعش أبَــدَ الدهــر بيــن الحــفرْ

Mais il n’était jamais là concrètement. J’ai grandi seule. Je suis devenue femme seule. Et donc, personne n’a le droit de me juger. C’était dur mais j’étais capable de m’en sortir seule! Avec ces mots, j’ai exigé le respect de tout le monde. Et je l’ai eu.

« Si vous voulez aider, supportez mes projets, et faites-moi confiance, car je mérite cette confiance, et malgré tout , j’ai avancé et vous le savez tous! ». Et je n’ai pas pleuré ! Mon père m’a dit : « tu resteras toujours ma fille ! Je t’aime et je te laisserai jamais tomber ». Ma grande sœur, quant à elle, pleurait car elle n’a jamais imaginé que sa sœur a enduré tout ça SEULE. 

Le lendemain, mon merveilleux menayek. Cet homme mature, qui a une image intacte et qui prétend défendre les libertés… s’est réveillé avec sa belle gueule de bois habituelle. Pris par les remords du café matinal, il a envoyé des messages d’excuses à ma famille. Il leur a dit que   je suis une femme libre, talentueuse et que je suis une femme qui impose le respect…etc

Et, personne ne lui a répondu.

Ma famille est partie et j’étais à nouveau seule. Evidemment, quelques heures après, il a repris les insultes et le harcèlement.

Deux mois après cet incident , j’ai essayé de montrer à tout ma famille que j’étais forte et que je m’en sortais , que je suis sur la bonne voie et que je l’ai complètement dépassé , je n’avais pas le droit à l’erreur.

Mais au fond, je n’étais pas forte. J’ai passé des mois à réaliser ce qui s’est passé. Ça m’a pris beaucoup de temps.  Quand ils sont partis, je me suis effondrée. Je me suis trouvée seule avec mes angoisses et ma rage. Même si cet incident m’a montré à quel point j’ai une famille qui m’aime et un père, honnête qui n’est pas comme tous les autres hommes schizophrènes. Mon père sait que sa fille a un cerveau putain !! C’était la seule chose qui me consolait à cet instant.

De cet épisode de ma vie, j’ai gardé des séquelles. J’avais, au quotidien, une peur qui surgit à la surface et qui me honte. J’ai passé une bonne période à l’imaginer devant ma porte. Là, devant moi, en train de me tabasser. Donc, avec le temps, je me suis fait une armure mentale et émotionnelle pour dépasser ma peur.

Mon arme était de toujours penser qu’il ne pouvait pas me faire plus de mal. Lui, il n’a pas arrêté de m’envoyer des messages. Mais cette fois pour me menacer d’autres choses. « Je vais aller au poste de police et leur dire que tu fume de la Zatla. Et je vais donner les noms de tous tes amis ». Comme d’habitude, je n’ai pas répondu.

Mon merveilleux menayek voulait me détruire à tout prix. Il a tout essayé sauf l’agression physique.  D’ailleurs, j’aurai aimé qu’il le fasse. S’il a osé me gifler ou me casser la gueule, je serais par terre à accepter les coups. Je lui donnerai des armes pour m’arracher les dents, me couvrir de sang, je serai par terre morte de rire.

« Oui j’ai avorté ! Je n’ai pas gardé le bébé !  Oui ! Je l’ai fait ! Oui! Oui j’ai refusé d’être ta femme ! Oui! J’ai pris cette décision et j’en suis fière ! Oui ! J’ai galéré ! Mon corps a subit cette décision ! Et maintenant je me sens bien ! Putain ! Je me sens bien ! Je suis bien sans toi, sans tes crises de jalousie, tes crises de doute et de haine envers les autres! Oh ! Je me sens bien ! Tabasse-moi encore et encore ! Ces coups seront orgasmiques! J’aurai des orgasmes successifs ! Tue-moi ! Je ne suis pas à toi et je ne serais jamais à toi yé mnayyek, yé mnayyekj yé mnayyek !! Tu ne peux pas détruire une femme qui s’assume ! » Ainsi serait ma vengeance.

Allo! Mon merveilleux menayek! je m’adresse à toi ! Je vais te dire un truc que j’ai jamais dit à personne ! Va voir un sexologue, un psychiatre et je te paie les 80 dinars !

Je te souhaite des crises d’angoisses, une solitude médiocre, et un mépris à l’infini. Le jour de ta mort, je ne baiserai pas sur ta tombe. Mais, je serai là, probablement bourrée, avec un beau joint et mon homme à mes côtés. On pleurera l’acte de ta naissance. On partira du cimetière en fanfare pour fêter ta mort. Et j’appellerai mon père bourrée à 3h du matin, pour lui dire combien je l’aime.

P.S :

Je suis sure que tu vas lire cet article partagé par plusieurs personnes que tu fréquente. Et je te préviens que si ton ego te mimera ne serait-ce qu’une petite vengeance de moi ou de mes proches, sache que je garde encore tout l’archive de tes œuvres d’insultes et de menaces dans un dossier nommé « le merveilleux menayek ». Mon avocat t’offrira, en bonus, un beau séjour à la prison de Morneguia.

Donc, lis cet article, silencieusement ! Si on se croise, baisse la tête ! Ta seule demande qui sera accepté est de te donner 80 dinars pour le sexologue et le psychiatre ! T’as besoin d’aide mon grand !

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توبة متحرّش

كلما قرأت شهادة لضحية تحرش جنسي إلا وتقاذفتني مشاعر غاية في التناقض. مشاعر تتراوح بين الغبطة للتي تخلصت من هذا الحمل الذي يثقل قلبها ويحتجز عقلها رهينة،  وخجل من ماضي مظلم لم أنجح رغم كل ما فعلت في تجاوزه.

هو خجل من فترة مرّت علي وأنا أنكر وجود التحرش الجنسي في تونس وأتهم النساء بالمبالغة في لعب دور الضحية. هو خجل مضاعف لأن الإنكار كان لدي أسلوبا أواري به خجلي المضاعف من أني كنت يوما متحرشا وتسببت لنساء عديدات في أوجاع لا أعلم إن تمكنّ يوما من تجاوزها.

لكني قبل أن أصل مرحلة الخجل والخجل المضاعف تلك مررت بمرحلة مخزية أكثر وهي التي كنت أحسّ خلالها بأني، ما كنت أمارس سوى حقّ منحني إياه المجتمع مكافأةً لي على ذكورتي، التي وجب عليها تشريفها وإثبات جدارتي بها بأن أمارسها كل يوم بتفاني أعظم.

قد يتبادر إلى ذهن البعض بأن التحرش قضية تعني الكهول أولا. أرغب في هذا المستوى أن أدحض هذا الزعم الأخرق بكل ما أوتيت من قوة. لقد تحول كاتب هذه الأسطر إلى متحرش رسميا عندما بلغ سن الثانية عشر وربما قبل ذلك.

إلى كل من يعتقد أن التحرش الجنسي قضية « الفقراء » « الجهلة » الذين تعاني عائلاتهم التفكك والتي يفتقد فيها الأطفال إلى التأطير الأخلاقي اللازم، أقول، أني ترعرعت في عائلة من الطبقات الوسطى، تجلّ المعرفة والثقافة. عائلة محافظة جدا، أصيلة الجنوب التونسي، يفتخر سليلوها دوما برفعتهم الأخلاقية وبالصرامة (المرضيّة أحيانا) التي يربّون بها أبنائهم. وقد كانت هذه التربية تدفعني إلى نبذ الاعتداء على أي شخص ورفض الظلم والتمسّك بنصرة المظلوم. لكن الاعتداء على النساء لم يكن ظلما على ما يبدو في ذهني حينها…

أتذكّر جيدا أول مرة قمت فيها بالتحرش جنسيا. حصل ذلك ذات ربيع من سنة 1997. كنت أبلغ زهاء الـ 12 سنة يومها وقد غلبني الشوق لأخذ الحافلة رقم 59 والتوجه ل »تونس » (وسط العاصمة) رفقة أبناء الحي بعد الفطور. كنا عشرة شبان. كنت أصغرهم وكان أكبرنا يبلغ 17 سنة وهو إبن أحد الصاغة الأثرياء بالبركة. صعدنا في الحافلة ولم نقتطع تذاكرنا كالعادة لأن ذلك هو العادي هو ما يقوم به كل أبناء حينا الأكبر سنا. كنت ممسكا أحد أعمدة الحافلة التي بلغ تأرجحها حد أوقعني أرضا مرتين. وقف أكبر أترابي إلى جانبي، غمزني فجأة واقترب من فتاة في أوائل العشرينات بشدة دون أن يلامسها. امتلأ فمه بابتسامة لم أفقه معناها إلا بعد أن أصبحت خبير متحرشا في أواخر السنة. بعد أن تعودت الفتاة على وجوده خلفها اقترب « صديقي » منها والتصق « قضيبه » بها في غفلة منها لكنه سرعان ما ابتعد. لم تبدي الفتاة أي حراك فعاود هو الكرّة ولكنه مكث ملتصقا بها لبرهة أطول هذه المرّة. ظهر على الفتاة انزعاج وتأفف غيّرت بعده مكانها قليلا. تحوّل صديقي من ذاك المكان لأن الفتاة قد اختارت موقعا صعبا هذه المرة فتوجه إلى سيدة كانت ملتصقة بمكان « الخلّاص ».  كانت السيدة في أواخر عقدها الخامس وقد دفعها امتلاء الحافلة إلى أن تمدّ يدها بعيدا عن جسدها في انحناءة لم توفر لها قدرا كبيرا من التوازن. وقف صديقي الذي كان يلامس قضيبة خفية قرب السيدة ووضع نفسه في موقع يجعل من قضيبه مواجها تماما مؤخرتها عند تأرجح الحافلة. كانت السيدة بدينة لدرجة أنها لم تتفطن على ما أضن أصلا إلى وجوده. وبقي هو يلاصقها طيلة الطريق في نشوة بارزة على محيّاه. وقبل بلوغنا محطة « برشلونة » وعلى مستوى باب عليوة جذبني نحوه وألصقني في السيدة وسط ذهولي. لم ينتبني إحقاقا للحق أي إحساس جنسي إلا أني كنت منشيا بما كنت أفعل ولم أفهم سبب ذلك.

يومها تجولنا في شوارع العاصمة وأزقتها وقد قمنا بملامسة فتيات في غفلة منهن. وقد تعلّمت يومها كيف ألامس النساء في الزحمة دون أن يتأثر اتجاه نظري، وكأني بيدي التي تعتدي على هؤلاء النساء لم تعد جزءا من جسدي. كنت مغتبطا بهذه التجربة الجديدة التي أحسست بعدها أني قد صرت أخيرا رجلا !

كررنا فعلنا هذا عديد المرات وقد دام ذلك لمدة سنتين تقريبا قل وندر خلالها أن واجهنا أي توبيخ على ما كنا نفعل. بقيت مقتنعا طيلة هذه المدة أن الفتيات اللواتي كن يظهرن رفضا لما كنا نفعله لم يفعلن ذلك إلا بدافع التمنّع ولأنهن كن يريننا صغارا وأننا لو كنا اكبر ببعض السنوات لواجهننا بالقبول والرضا على ما فعلناه. وقد صارت تلك الابتسامة السامة التي رأيتها على وجه صديقي ذات يوم جزءا من تعابير وجهي المعتادة.

بعد انتهاء هاتين السنتين تركت هذا الحي وانتقلت إلى منزل جديد في ضاحية بعيدة أفقدتني صلاتي وصداقاتي ورغم أني نجحت سريعا في نسج علاقات قوية في مكان سكني الجديد إلا أني لم أجرأ بسبب طبعي الخجول جدا (نعم كنت خجولا حقا رغم أني كنت متحرشا !) على أن أقترح عليهم أن نفعل نفس الشيء. وقد افتقدت « غزواتنا » طيلة هذه المدة. لكن ذلك لم يمنعني من مواصلتهن بمفردي كلما توفرت الفرصة.

إلى أن أتى يوم كنت فيه رفقة إحدى زميلاتي في المعهد والتي كانت تجمعني بها علاقة صداقة قوية جدا، جالسا خارج المعهد بعد أن رفضت القيّمة المعنية بتسليم بطاقات الدخول تمكيننا من ذلك لأن غيابنا حسب رأيها كان غير مبرر. وكنت قد شارفت حينها على الـ 16. دار بيننا حديث حول عموميات الحياة والدراسة والعائلة وإذ بها بنبرة صوتها تتغير فجأة وانطلقت تحدثني عن أستاذ الرياضة الذي تحرّش بها جنسيا. صعقت بما سمعت وأحسست بأني في كابوس ولم أكن فعلا استمع لكلامها. حاولت الترفيع من معنوياتها دون نجاح على ما أضن. كانت تبكي بحرقة وقد آلمني ذلك بشدة لكني عجزت عن إدانة الأستاذ لأني تذكرت ما كنت أقوم به. لم تسعفني الدنيا حينها سوى بدموع انهمرت دون أن أتمكن من كبحها. لم أنبس ببنت شفة طيلة دقائق طويلات مررن كدهر. ماذا كنت لأقول لها؟ أن الأستاذ معتدي وبأنه يجب أن يحاسب؟ أني كنت أقوم بأكثر مما يقوم به هذا الأستاذ وأنها كانت يمكن أن تكون أحد ضحاياي لو توفرت لي الفرصة لذلك؟

وجدت صعوبة في إدانة نفسي حينها لكن حبي الكبير لها وإحساسي بألمها قهرني. منذ ذلك اليوم (وقد كنت أعيش فترة تغيّر فكري كبير منذ مدّة) حاولت تدريجيا التخلي عن سلوكي ذاك ولكن الأمر كان على غاية الصعوبة وليس بالسهولة التي تصورتها.

تطور الأمر بي من النظر للاعتداء على النساء كحق لي، إلى لومهن حين يلبسن لباسا « فاضحا » أو حين يضعن أنفسهن في « وضعيات غير أخلاقية » أولا. تمكنت بعد هذا من الخروج تدريجيا من هذا النفق المظلم وقد تطلب مني الأمر سنوات حتى أتخلص نهائيا من تبعات هذا الداء الذي أصابني.

يعتقد كثيرون أن التحرش مرتبط أساسا بالكبت الجنسي. لا أنفي هذا الارتباط لكني أجزم أنه ليس المحدد. كثيرون هم الذين يستطيعون إشباع رغباتهم الجنسية دون إشكال كبير لكنهم لازالوا إلى غاية اليوم متحرشين، بل أن تحرّشهم قد زاد وتضاعف.

أرى أن التحرش مرتبط بوضعية دونية للنساء وبنظرة محتقرة لهن أولا وقبل كل شيء. هي نظرة تعالي ترى في النساء لا بضاعة جنسية بل مجرد بضاعة والسلام ! أي أني بإمكاني أن اعتدي عليها لأنها أقل مني قيمة وقد يكون الاعتداء جنسيا، ماديا أو لفضيا، حسب حاجتي، لكن الثابت هو حقي في أن أعتدي عليها. وعندما يحصل ذلك، فإن السؤال الذي يجب أن نطرحه دائما والذي لا يتأخر عن طرحه إعلامنا وسياسيون وجل من يقطنون هذا البلد: ماذا فعلت هي حتى يضطر هو للاعتداء عليها هكذا؟

 إن التحرّش بالنساء (في تونس التي أعرفها على الأقل) مؤسسة تعمل بتكامل ويصبح فيها الذكر متحرشا انطلاقا من سنوات طفولته وبغض النظر عن وضعيته السوسيو-ثقافية. وما يجب أن نقوم به، هو مواجهتها بوصفها مؤسسة لا مجرد آفة اجتماعية تصيب بعض الحالات الاستثنائية في المجتمع.

Parlez !

C’était dix-neuf trente, fin d’hiver, je rentrais de chez mon oncle quand j’ai rencontré cet ami, enfin plutôt une connaissance, d’ailleurs je ne connaissais que son prénom.

Il était avocat, à peine 27 ans, beau, très bien bâti et très sympa, il faut aussi préciser qu’il venait d’un milieu social aisé … je me rappelle qu’on avait parlé de quelque chose en rapport avec mon accident et il m’a demandé gentiment de passer avec lui à son cabinet, à 5 minutes de là où on se trouvait, j’ai accepté. Sur la façade de l’immeuble, à côté de la porte principale s’affichaient toutes ces plaques métalliques sur lesquels étaient inscrits noms d’avocats et d’experts comptables.  Ce n’était pas dans une ruelle, l’endroit n’était pas désert, c’était plutôt dans une grande rue très bien éclairée et vivante, rien d’alarmant, pourquoi serai- je inquiète ?
Monté à l’étage, il tourne la clef.  La porte s’ouvre sur un couloir, il entre, je reste dehors, il fera vite … il m’appelle, je fais un pas, un autre et je pénètre dans le « cabinet » … Je le cherche, les portes sont fermées, une seule au fond du couloir est entrouverte, je la pousse et là, je découvre une chambre, une table avec sa chaise, un lit et une armoire.  Inquiétée de ce décor inattendu, je fais un pas en arrière, je piétine quelque chose, je regarde en bas tout en me retournant, et sursaute…

Il était derrière moi, à quelques millimètres, un sourire narquois affiché sur le visage… Je ne me rappelle plus des détails exacts de ce qui s’était passé… Je crois plutôt que je ne veux pas m’en rappeler et que mon cerveau les a écartés, ou caché au fin fond du dernier recoin poussiéreux de ma mémoire.

Je me rappelle vaguement de la panique qui m’a prise, lui avoir demandé ce qui se passait, avoir vu derrière lui que la porte d’entrée était fermée… Je me rappelle avoir voulu crier mais qu’aucun son n’était sorti de ma gorge la première fois…

Je ne sais plus comment je m’étais retrouvée sur le lit, lui au-dessus de moi… Je me rappelle seulement avoir essayé de me débattre, l’avoir poussé, frappé, griffé, avoir hurlé… mais, très lourd, je n’arrivais même pas à le faire bouger… Un monstre était étendu sur moi… il bavait, puait l’alcool -chose que je n’avais pas remarquée au début-, la sueur et la cruauté, oui je pouvais la sentir, même ses yeux qui s’injectaient de sang à vue d’œil…

D’une main, il immobilisa les miennes au-dessus de ma tête… je me rappelle qu’il avait arraché mon collier, un gros collier lourd… mon cou déjà meurtri par l’accident que j’avais eu quelques mois auparavant,  a failli se briser une seconde fois  et j’ai dû d’ailleurs prolonger le port de la cervicale, qui me permit en même temps de cacher les traces bleus, rouges, violettes et noires ,  traces de ses morsures-…

Il m’avait arraché plusieurs touffes de cheveux… il m’avait frappée, mais pas au visage… il me répétait en haletant que sa mère lui disait qu’il ne fallait jamais frapper quelqu’un au visage… Je hurlais, je pleurais, je hoquetais, je le suppliais de me lâcher, je toussais, des fois je n’arrivais plus à parler, mon Dieu cette fois, c’était mon tour, devais-je me laisser faire pour qu’il ne me frappe plus… mais à quoi pensais-je ! Je devais être forte, trouver une manière de m’enfuir, le pousser, le frapper, le mordre… pourtant, j’étais coincée…

Je me rappelle qu’il était en train de baisser mon pantalon quand je criai, comme un dernier appel au secours, que j’étais vierge… je me rappelle de son regard noir et des coups que je reçus ensuite … Il me releva ensuite, desserra sa prise, prit un mouchoir, m’essuya le visage doucement, m’embrassa sur la joue et me mena vers la porte…

Une fois sortie, j’errai dans la rue, le corps endolori, l’esprit mutilé, il était peut-être 21h et je ne savais pas quoi faire Je devais aller au poste de police, mais pourquoi dire ? J’étais prête à exploser à n’importe quelle question mal placée ou à n’importe quelle remarque avec une arrière-pensée …

non, en fait là n’était pas vraiment la question, j’avais peur, peur de mon père, comment lui expliquer ce qui venait de se passer… pourtant je sais qu’il m’aurait aidé, il m’aurait supporté, je ne sais pas pourquoi cette pensée m’avait traversé l’esprit… et jusqu’à cet instant, il ne le sait toujours pas, il lira sûrement le texte en même temps que vous… je rentrai donc chez mon oncle, il me réprimanda pour mon retard, Tunis n’est pas la banlieue nord disait-il, la nuit peut être dangereuse , je lui assurais qu’il n’avait pas à s’inquiéter…
Pendant des jours, je n’étais plus la même, il m’arrivait de sursauter quand l’un de mes amis me touchait, je me perdais souvent dans mes pensées… pendant des semaines, je ne me supportais plus, je voulais m’écorcher, arracher cette peau souillée, sous la douche, il m’arrivait de m’érafler, dans l’espoir de ne plus ressentir ce dégoût qu’avait laissé le contact de sa peau… Pendant des mois, je perdis le goût de la vie, mais je fis semblant que tout allât bien… j’ai été faible, je n’ai pas pu en parler, je ne suis pas allée à la police, je l’ai laissé vivre tranquillement, peut-être même qu’il l’a refait…

Juridiquement, c’était une tentative de viol, pour moi, il avait violé chaque parcelle de mon corps.

Cela fait presque deux ans maintenant que c’est arrivé, il y a quelques mois, je pus en parler vaguement, je n’ai toujours pas d’excuses pour ne pas aller le dénoncer, je ne l’ai jamais revu, j’ai même oublié ses traits… Cela fait presque deux ans que j’ai compris, que les femmes violées ne peuvent pas toujours se débattre ou s’enfuir, qu’elles ne peuvent pas toujours en parler, que souvent elles vivent avec ce poids sans pouvoir rien y faire, souvent elles se croient fautives, elles se détestent et se détruisent la vie en espérant que ce qui les hante disparaisse un jour, en espérant qu’un jour elles pourraient se regarder dans le miroir sans y repenser, qu’elles n’auraient plus honte de ce qu’elles ont subi car la honte, la vraie, était qu’elles n’avaient pas parlé, ou comme moi; qu’elles ne l’avaient pas fait à temps.

Nada. S

 

 

Un an sans haine, ni violence et sans regret

A mon bourreau,

Toi que j’aime autant que je déteste,

J’avais de lourdes années sur le dos, éternelle amoureuse, le cœur tendrement stupide et l’âme librement légère, je m’abandonnais avec aisance à l’indélicatesse de la vie dans un monde que je m’étais autorisée à créer. Ni maquereaux, ni maîtres, affranchie, défaite de l’emprise culturelle, adepte à la loi du contre-courant, portant si bien le chromosome de « je passe à autre chose », comme une jeune femme légèrement rangée et librement soumise, je pensais que j’été vouée à une vie libertaire, juste et dans le respect. Et pourtant…

Deux ans, il m’a fallu deux ans pour me libérer du fouet, me relever de ma descente aux enfers, dans ce que nous nommerons « amour », cette illusion morbide, ou, au mieux, ce mensonge à créer. Insultes, humiliations, violences, coups et blessures, hôpitaux, postes de police, prison et larmes, beaucoup de larmes. Et cette question que les gens n’arrêtaient pas de me poser : Pourquoi tu restes ? A laquelle je n’avais pas.

Quels mécanismes m’enchainaient à mon bourreau ? Je ne sais pas, et puis, franchement, je m’en tape.

Mon bourreau, de toi, je ne retiens que la longue impunité de celui qui bat, l’inefficacité des sanctions, la lâcheté des voyeurs, la complicité des ennemies, et je reste coi devant la manière avec laquelle un humain transforme sa névrose en une inépuisable haine, et j’ai honte.

Quand on est victime de violence il n’est jamais facile de prendre ses choses et de partir. Pourtant, c’est la première chose à faire. Je l’ai fait, au bout de deux ans.

Mon bourreau, j’aurai voulu te quitter plutôt, avec moins de traces, moins de bleus sur le cœur et la fierté et le respect que je me réserve. J’aurai souhaité partir plutôt, avec une vie, des rêves, une croyance et une confiance en un monde meilleur possible.

Mon bourreau, quand tu es une personne équilibrée, tu souris pour sourire, pas besoin de raison pour sourire, tu peux sourire à pleine bouche. Je souriais pour dissimuler, rassurer, camoufler.

Mon bourreau, je me rappelle de cet instant où rien ne se passe mais que je sais que dans l’instant d’après c’est le déclic et je me vois sur trois session. La première, c’est moi traînée par les cheveux à quatre pattes, coups de pieds sur le dos, mon visage écrasé contre la céramique, tes mains autour de mon cou, en train d’imager ma terrible fin. La seconde, c’est moi fracassée, écroulée n’ayant plus la force de résister. Et enfin, la troisième, mon réveil, moi essayant bravement de me soulever du plancher,  à l’heure où ce long sifflement envahi mes oreilles et mon crane plus lourd que le plomb, avec un seul œil et les empreinte de tes poing tatouées, amoureusement, sur mon visage.

Mon bourreau, hier, j’avais presque oublié que j’avais encore honte. Puis j’ai vu ces gens plus choqués par le nu que par le battu, par les paires de seins que par les bleus. Comme toi, la violence ne les affecte pas, la nudité les heurte.

Parce que nous sommes des victimes de violence au corps meurtri, personne ne nous défend, ni les lois archaïques, ni les droits de l’homme, ni l’Etat, ni la justice… personne ne nous vengera si nous ne le faisons pas.

Mon bourreau, si je suis en colère, ce n’est pas contre toi mais contre moi-même, moi qui est restée assez longtemps avec toi pour que ça me détruise et qu’aujourd’hui, je me sente impuissante pour les nouvelles victimes, peut-être même, tes prochaines victimes.

Mon bourreau, aujourd’hui ça fera un an, jour pour jour, sans bleus. Un an d’oubli et de pardon. Un an pour regagner confiance en moi. Un an pour reconstruire mon estime de soi. Un an pour ne plus chercher à expliquer, légitimer, prétexter la violence. Mais je reste, quand même, une victime de violence. Ça ne part pas. Ça ne s’oublie pas. Ça s’assume. Aujourd’hui, je me sens mieux. Je décide pour moi. Et si j’ai envie de me maquiller ce n’est plus pour couvrir les marques de ton amour. Aujourd’hui, je travaille, je suis libre de réfléchir comme je l’entends. Je dramatise encore mais, finalement, je suis plus équilibrée. Je ne dissimule plus mes envies, mes réflexions aussi stupides qu’elles puissent être. Aujourd’hui, est un jour d’une nouvelle vie sans haine, ni violence et sans regret.

Mon bourreau, je déprime encore, je suis aigrie et j’ai peur de la vie. J’entends souvent des « Bon, tu viens là ? » , « Jusqu’à quand ça va durer ? », « Ok, j’ai compris, il faut que te prendre par la main, de force », « Mais qu’est-ce que tu fous, là, assise par terre ? », « Dis-moi au moins pourquoi tu pleures ! ». J’y réponds souvent, avec des « Je ne sais pas, c’est comme ça, j’ai plus la force de me lever, j’ai plus la force de retenir mes larmes, je suis désolée… ».

Par moment c’est difficile. On se sent vide, vide, vide. Un trou noir qui nous ronge l’estomac et un nœud dans la gorge, comme à ce moment où je lis cette lettre. Je me sens constamment triste. Parfois je n’ai plus la force de sortir, de travailler, ou même de vivre. J’ai souvent l’impression que tout s’effondre, mes projets, ma vie, je n’y crois plus. Ou je cherche à ne plus y croire. Je dors trop ou pas du tout. J’ai trop faim ou pas du tout. Je maigris, ou je grossis. Je me coupe du monde et me laisse couler. Je continue à sourire, pour ne pas inquiéter. Car dans mon esprit, je ne mérite pas d’attention. Je mérite juste d’être abandonné. L’effroi qui résulte de cet incompréhensible geste de souffrance sidère l’esprit.

Je pourrai mettre fin à ma vie, mais pourrais-je, en le faisant, mettre fin à ce qui m’aurait tué ? Pourrai-je faire en sorte que ça ne tue plus personne ? Si non, ne voudrais-je pas, mourir de nouveau ?

Mon bourreau, je suis restée avec toi car je pensais être seule sans toi, puis je me suis souvenue à quel point j’étais chanceuse d’avoir des ami(e)s qui n’ont jamais eu à l’idée, de me laisser un instant. Eux qui ne m’ont jamais regardé avec pitié. Eux, qui à chaque descente me disent : « de bon matin, demain, en te réveillant, tu te regardes dans le miroir, pas que pour te dire que tu es la plus belle, mais pour te dire que tu es une battante, une guerrière. Qu’avoir été dans le trou, ne veut pas dire y rester. Que tu étais forte, consciente, même dans les moments les plus difficiles, et que ce ne sont que des étapes dans la vie. Que si tu as envie de broyer du noir, c’est ton droit et qu’on sera là pour toi, parce que selon nous, on fête la survie en faisant la fête ou en déprimant. Et puis, on n’a d’ordres à prendre de personnes ». Ils me diront de me rappeler que ceux que je considérais comme élites, il y a quelques années, je les ai dépassé, de loin, par mon vécu, ma sincérité et mes émotions. Pour finir, ils me diront que je suis une putain de femme, et qu’ils m’aiment, que je les inspire et qu’ils seront toujours là pour moi, moi.

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Karim Kamoun

 

Mes amours au temps du Patriarcat

Une fois que l’on est féministe et qu’on est dans la déconstruction, et surtout qu’une certaine conscience des petites subtilités d’oppression se met en place, on ne peut plus regarder les relations hommes/femmes comme avant.

Il fut un temps où Kate Millet, féministe radicale américaine l’affirma : « L’époque se porte mal à aimer les hommes ». Aujourd’hui, la question est révolue. Il n’y pas de honte de se dire féministe et d’aimer les hommes. Personnellement, les relations privilégiés que j’avais avec les hommes m’ont énormément apporté sur le plan affectif/sexuel/intellectuel, et m’ont fait prendre conscience que les relations affectives et/ou sexuelles avec les hommes interféraient –qu’on le veuille ou non – avec le patriarcat.

Alors je ne vais pas parler des autres femmes, et ne vais pas théoriser non plus (un peu quand même), j’apporterai ma vision des choses, mon vécu, j’apporterai surtout des questionnements. Quand j’utilise le pluriel pour « hommes », je ne parle pas de tous les hommes mais des quelques hommes que j’ai connus, j’ai préféré ne pas utiliser des lettres initiales pour désigner tel ou tel pour ne pas compliquer la lecture, quand j’utilise le pluriel pour «femmes », je parle de moi mais aussi d’autres femmes dont je connais de près l’histoire sexuelle/affective.

Une histoire de normes

Très souvent, lors des discussions avec des hommes, j’avais toujours eu l’impression qu’il y avait deux mondes séparés ; celui des hommes et des femmes, je m’identifiais rarement dans les représentations qu’ont les hommes sur les femmes, j’avais l’impression alors de ne pas correspondre à leurs schémas. Les hommes me reprochaient souvent, par exemple de ne pas être assez « fofolle» et transgressive, de ne pas boire assez, de ne pas fumer de joint, c’est-à-dire de ne pas répondre à leurs propres transgressions, parce qu’ils sont loin d’imaginer qu’une femme paye beaucoup plus lourd ses transgressions qu’un homme le paye. Ils me reprochent aussi souvent de « faire la forte », et de pas être « une femme» tout court, parce que selon eux une femme ne peut pas « être » une femme forte et sûre d’elle, elle peut seulement faire semblant de l’être, parce qu’ils ne conçoivent la féminité que dans une position de dominée. Ils ont été pour la plupart insensibles à la part enfouie en moi. J’ai vu des hommes en colère contre moi, parce que je refusais leurs demandes sexuelles trop hâtives, qui ne comprenaient pas pourquoi je disais « non » à leurs invitations, qui voyaient que j’étais « une coincée du cul » parce que je préférais attendre. On me reprochait d’être « faussement » ouverte d’esprit, aussi de vouloir les séduire, ils nous pouvaient pas imaginer qu’une belle femme comme moi pouvait ne pas avoir une sexualité « affranchie » comme eux ils l’entendaient.

Les hommes ont beau se mettre à la place des femmes, jamais ils ne sauront c’est que être une femme dans une société patriarcale, et je les comprends, parce que nous les femmes ne leur avons jamais parlé de ça, pas réellement. Les hommes apprennent beaucoup sur les femmes mais c’est toujours par la bouche d’autres hommes. Ils ne savent pas qu’une femme de trente ans en a déjà assez vu de mécanismes patriarcaux dans sa vie pour se méfier des hommes.

J’en ai pris conscience le jour où j’ai dit à mon compagnon, que je ne pouvais pas l’attendre à un tel endroit, parce qu’il était bondé d’hommes et que je risquais, en tant que femme seule, assez coquette pour rencontrer son amoureux, de me faire agresser, du moins « male gazé » *. Mon compagnon a fait une telle mine d’étonnement que j’ai compris alors qu’ils y avait tout un monde qui sépare les hommes et les femmes. Je lui ai demandé de me guetter de loin et d’observer, et il a pris ça avec un éclat de rire.

Consentement et autres histoires de déconstruction

J’en ai pris conscience aussi le jour où je me suis vue perdre des histoires affectives qui allaient être importante dans ma vie, car j’ai préféré attendre. Parce que pour les hommes le consentement c’est quelque chose de « spontané » « qui vient naturellement », et que pour moi, le consentement c’est quelque chose qui vient tout d’abord de moi, et de nulle part ailleurs.

Comment dire à tous ces hommes, que le consentement – sur tout – dans les relations affectives et/sexuelles est devenu problématique, le jour où un ami n’acceptant pas la « friend zone » que j’ai dessiné du premier abord, m’a forcée de coucher avec lui. Leur dire qu’ils doivent d’abord commencer par voir et reconnaitre ces relations de pouvoir pour les déconstruire, et tant que les hommes préserveront ces schémas là – sur la femme – la sexualité – le couple – l’amour et que les femmes persisteront à s’être conformes à ces modèles prêts,  nous ne sortirons de cette misère affective et sexuelle, car aucun de nous, femmes ou hommes ne répond réellement à ces modèles.

Je l’ai vue cette relation de pouvoir dans les relations affectives et/ou sexuelles entre les hommes et les femmes, je l’ai vue quand elle n’y était pas justement, à vingt-cinq ans, quand j’ai rencontré une femme, et ça m’a énormément ouvert les yeux, ça a cristallisé d’un coup tous les soucis que j’avais avec le patriarcat.

D’abord, parce que dans une relation homosexuelle avec une femme avec qui j’avais le même âge, (avec une femme plus âgée il y a aussi un rapport de domination) tout était consenti, c’est à dire rien n’était discuté concernant mes désirs, nos désirs étaient mutuellement respectés, et je ne parle pas de sexualité seulement, mais de tout, même du fait de désirer sortir ou pas.

Ce n’était pas toujours le cas avec les hommes, qui dès qu’ils désirent faire quelque chose avec moi – voir un film, boire un café/un verre – et que moi je n’en avais pas envie pour x raisons – ils vont insister, beaucoup insister. Pareillement, avec une femme (et un homme) je ne m’en souviens pas avoir insisté pour obtenir le consentement sur quoi que ce soit. Mes désirs et mes attentes étaient exprimés certes mais jamais convertis, alors que j’avoue, qu’en face d’un homme en attente de quelque chose, j’ai pas mal de fois cédé.

Ainsi, dans une relation affective et sexuelle homosexuelle, rien n’était catégorisé et tout ce schéma, ce moule auquel j’avais l’impression de ne pas correspondre, devenait transparent. J’étais moi-même tout simplement, ni classée, ni cataloguée. Il n’y avait pas une norme invisible qui plane comme un fantôme dans la relation et qui te dit « pourquoi n’es-tu pas comme ça ? » et surtout il n’y avait pas cette hiérarchisation des choses, il n’y avait pas de « bonne » romance et de mauvaise , il n’y avait pas de « bon » sexe , et du « mauvais » sexe , de bons «  fantasmes » et de mauvais «  fantasmes » , la rencontre amoureuse n’était pas quelque chose qu’on pouvait noter , car elle se construisait au fur et à mesure .

A contrario, avec les hommes, il y a toujours quelque chose qui « va » et une autre qui ne « va pas », c’est-à-dire qui n’entrait pas dans leur conception de la relation homme/femme, par exemple pour certains, je n’étais pas assez « jalouse », pas assez « possessive » pour une femme qui se dit amoureuse, et ces derniers considéraient nos relations comme secondaires, insignifiantes par rapport à d’autres relations où la campagne était plus investie. Les hommes aussi hiérarchisent les relations sexuelles, loin de cliché bon coup /mauvais coup, ils considèrent moins importantes les relations non péniennes, c’est-à-dire sans pénétration. Je reviens à cette question de la pénétration, et d’orgasme féminin.

Une histoire de phallocentrisme

Tous les orgasmes que j’ai eus jusqu’à présent, que ce soit avec des hommes et des femmes, étaient des orgasmes clitoridiens. Et j’ai beaucoup écouté des femmes dire – parfois à demi-mot – leur difficulté à atteindre l’orgasme. (Je parle bien sûr d’orgasme et non pas de plaisir). Nous payons le prix d’ une conception phallocentré de la sexualité humaine. L’orgasme et la pénétration sont deux choses complètement séparés, et je ne comprends pas qu’il puisse exister une seule forme de sexualité – encore plus phallocentrique. Et qu’une sexualité sans pénétration, basée sur les caresses, la sensualité n’en soit pas moins importante qu’une sexualité typique.

Je vous parle de quelque chose dont j’ai été témoin, il y a quelques années, pour vous montrer combien ce phallus est indétrônable. Quand un soir, le fiancé de mon amie a découvert sur son téléphone qu’elle fréquentait des filles, la première idée qui lui est arrivé à l’esprit c’est de courir vers la pharmacie pour acheter une capote et revenir faire ce qu’il à faire. Quand je suis intervenue le lendemain pour comprendre, il m’a bien dit calmement, qu’elle s’est tournée vers les filles car « ça » lui manquait , pas plus .

 

C’est ce schéma que je viens d’évoquer dessus, qui fait que nous les femmes nous nous n’identifions pas dans ces représentations de la sexualité féminine. C’est soit on se conforme à leur schéma et là, on est des simulatrices, actrices d’ « une comédie sexuelle», soit on leur parle de ce qui en est réellement et on échange. Et c’est ce schéma qu’on veuille imposer aux femmes aussi qui leur fait violence.

 

Une histoire de non-réciprocité et d’échange

Cette réciprocité dans l’échange affectif et sexuel fait défaut à la plupart des femmes aujourd’hui, qui se trouvent en face au mutisme des hommes, des hommes qui ont appris dès l’enfance à tout reléguer aux femmes, notamment le « le travail affectif », et nous aussi qui avons intériorisé ce rôle. Nous avions souvent un besoin de parler, de nous exprimer, de discuter, d’expliquer et d’écouter, de chercher un sens à/ sur une relation que nous avions jugée importante dans nos vies, mais nous nous heurtions à la des -implication des hommes , nous nous adressons alors à d’autres femmes pour parler de problèmes qu’on a avec des hommes . Nous avons ainsi contribué à exclure les hommes de la sphère affective, sachant qu’ils se parlent peu entre eux de problèmes affectifs, et que c’est leur causer du tort que de les exclure.

 

Les rares seules fois où j’ai pu bénéficier d’une réflexion avec mes amoureux autour de nos relations affectives, c’était dans le cadre de relation ouverte, c’est-à-dire non exclusive, et là on réfléchit ensemble, on reconstruit ensemble quelque chose qui n’existait pas avant.

Une histoire de « couple » et de non-couple

Evidemment, quand on est « en couple » avec une personne homme ou femme, les règles sont définies d’avance. L’exclusivité, la fidélité ne sont pas discutables. La jalousie devient légitime même souhaitable. Les sentiments se rationnalisent et s’institutionnalisent avec le temps.

Quand les règles de la fidélité, sont souvent enfreintes par des hommes qui sont ensuite pardonnés, et quand la balance affective tend plutôt vers les femmes,  être « en couple» pour moi c’est alors  être dans une relation inégalitaire.

Dans une relation ouverte, non-exclusive, on déconstruit, et c’est en échangeant sur tout cela, en négociant, en fixant nos attentes, on reconstruit de fil en aiguille un lien, on  dépareille les sentiments de toute construction sociale.

Dans une relation ouverte, non-exclusive, confiance, respect de l’espace de l’autre s’installent chemin faisant, car il y a échange et réflexion sur la relation même, il n’y a pas de déceptions puisqu’il n y’a pas de promesses, il n’y a pas de dégradation d’estime de soi, celui-ci n’entrant pas en jeu, comme dans une relation de couple traditionnelle (hétérosexuelle ou homosexuelle), où on cherche désespérément la reconnaissance dans l’autre.

Les rencontres multiples ne sont plus hiérarchisées, elles ont chacune leur propre charge intellectuelle/sexuelle/affective/ émotionnelle /spirituelle. Cette non-exclusivité est une ouverture incessante /se faisant sur d’autres mondes, sur l’Autre et surtout sur soi-même.

 

 

Un jour, Duras a dit « Il faut beaucoup aimer les hommes. Beaucoup, beaucoup. Beaucoup les aimer pour les aimer. Sans cela, ce n’est pas possible, on ne peut pas les supporter. » Voilà pourquoi nous les supportons , pour pouvoir, un jour , changer les  choses avec eux.

Lettre ouverte à la petite chose que je ne rencontrerai jamais

Tunis , le 17 Mars 2015

J’ai deux fois plus d’appétit et moitié moins d’énergie, le fait de ne de ne pas ressentir l’enchantement que je devrais ressentir me dépèce le cœur.   Je suis à la fois triste et sans regret.

Je suis désolée que ceci soit un au revoir, je suis triste de ne jamais te revoir tu devrais avoir les yeux de ton père, le teint de ta mère…   Mon petit bout de choux, crois- moi, la prochaine fois tu seras dans la même réalité que moi, je te le promets, la prochaine fois, tu pourras m’appeler maman sans aucun doute, je serai prête pour toi petite chose… petit embryon qui tient bon. Je te sens là, courageux, t’accrochant à la vie, secoué par les tremblements de mon cœur ; et puis tu sais, tu es la seule personne qui a entendu mon cœur battre de l’intérieur.

Petit embryon qui a choisi une maman qui te dira non, et moi ta maman qui aurais tant voulu t’offrir de la douceur à la place de cette rancœur. Ce fut un court voyage à tes côtés, c’était le plus déchirant de tous les au revoir.

Puisses-tu être au royaume des tendres bébés qui n’ont pas vu le jour.

Celle qui t’a porté en elle pour si peu de temps.

Celle qui n’a pas pu être ta maman.

Celle qui a choisi l’avortement.

Nadia Fourti Fourati

crédit photo : Alix-Marie – Uterus (extrait de la série Apex- 2010)