L’univers du gaming en Tunisie : des jeunes femmes revendiquent leur place

Passionnées, talentueuses gameuses et pourtant elles ont du mal à prendre leur place dans l’univers du gaming. Pour faire face à cette pénurie d’équipes féminines, et surtout pour pouvoir participer à des compétitions de haut niveau au même titre que les hommes, des gameuses tunisiennes se rassemblent sur le net pour former ce qu’elles appellent « une team » féminine et pourquoi pas une association .

Première étape : rassembler la communauté des gameuses dans un groupe Facebook. Pour Barto Romero, l’administrative du groupe : « Ce groupe vise à éliminer l’écart entre les sexes et  à éclairer le fait qu’une GAMER EST UN GAMER, indépendamment des choix, du genre, ou   la sexualité de chacun. »  En somme , c’est une initiative pour la construction et l’autonomisation de la communauté des gameuses tunisiennes .

Si vous êtes gameuse, passionnée de jeux vidéo, rejoignez cette communauté de gameuses  tunisiennes sur ce groupe :

https://www.facebook.com/groups/1736250879972289/

Le sexisme subtil dans la publicité tunisienne التفرقة الجنسية في الإشهار التونسي

Je ne suis pas une spécialiste de la COM mais je sais reconnaître les représentations sexistes dans une publicité. Il y a bel bien du sexisme dans une partie des publicités qu’on voit à la télé, sur les magazines ou en affichage urbain. Il est vrai qu’elles restent relativement « soft » en comparaison aux publicités occidentales dont le sexisme est plus identifiable, mais quand je parle du sexisme dans la publicité tunisienne, je parle surtout d’un sexisme subtil.

Les publicitaires tunisiens – et je ne vous fais pas dire que c’est un milieu très masculins – essayent tant bien que mal d’être créatifs et de se démarquer par quelconque moyens. La présence de la femme n’échappe à personne, j’ai essayé de déceler pour vous comment « la femme » est représentée sur certains supports publicitaires. Deux choses déduites : 1 – les femmes sont trop souvent associées au produit vanté lui – même, elle est de de ce fait objectivée 2- les femmes obéissent  souvent aux clichés et aux rôles genrés  .

 

L’objectivation des femmes

J’explique un peu cette notion d’objectivation sexuelle. On parle d’objectivation lorsque « une personne est considérée, évaluée, réduite, et/ou traitée comme un simple corps par autrui. »

La publicité tend à faire des femmes des objets, au sens propre et figuré. L’image de la femme est utilisée comme une accroche pour attirer l’attention du spectateur. Le modèle féminin y est utilisé comme un instrument de provocation.

1920119_10202564147699124_594880107_n1

Mais très souvent les publicitaires associent ou pire assimilent le modèle féminin au produit lui – même, le parallélisme entre la femme et le produit est allusif ou directe dans le massage publicitaire. On peut voir sur ces deux affiches que les caractéristiques physiques féminines et les caractéristiques physique du produit en question sont assimilés . Les femmes sont ainsi représentées comme des objets de fantasme , à l’image du produit .

afficheplanet

On place les femmes dans des positions qui accentuent leur fragilité. On les trouve allongées, parfois souffrante d’un mal . Dans cette publicité , on s’adresse au  potentiel consommateur qui  est sensé s’être  évanoui ( de plaisir ) . Sur l’image , le personnage  masculin est présenté en position debout (une position de force) son geste  implique  une victoire , une puissance , tant dis que  deux femmes , dont on ne voit  que les  jambes sont en position horizontale ( une position de vulnérabilité ) . Un autre procédé qui marque très fort l’objectivation des femmes est celui de  mettre  uniquement  l’accent  sur  des parties précises du corps  par le  découpage de  celui-ci  sur les images  , réduisant ainsi  les femmes  à leurs parties de corps  .

Et lorsqu’il s’agit  de visage , les modèles femmes  ont  la plus part du temps une bouche entre-ouverte , sexualisée , ou bien fermée accueillant un objet (trop souvent  phallique ) que les publicitaires insistent à incruster sur les images malgré l’inesthétisme.  Ces pratiques visuelles utilisent la sexualité et les messages sublimatoires pour vendre leurs produits.

25-02-08 tabdila-250112-1_e024362a6c60fccb5a87a14fb2cbfaef

p-danette-210611_b6905c8fd660d48a7628524cc783244e

La publicité apprend aux femmes, que leurs beautés, et donc leurs corps ont une valeur marchande. C’est ce que cet affichage urbain pour une marque de cosmétique tend à nous dire : « Soyez belle, gagnez de l’argent. »  La formule binaire du slogan fait un parallélisme entre le corps féminin et l’argent, ce qui frôle un peu au proxénétisme publicitaire. Mais si je relie le slogan avec la devise de la marque, les choses deviennent plus claires : les rêves de toute une femme est de 1 – être belle, de 2 – être riche. Deux clichés sur les femmes dont on se passerait bien …

1798146_10202564130938705_339274774_n1

Cette objectivation sexuelle passe notamment par le regard masculin. Le  Male gaze  est un concept féministe anglo-saxon  qui rend compte de l’omniprésence d’un « regard masculin qui inspecte , évalue et juge le corps des femmes. » Il est surtout un regard objectivant . C’est ce même Male gaze qui fragmente le corps des femmes, les découpe en parties – comme un morceau de chair. Cette culture du voyeurisme masculin est présente partout dans la publicité, au cinéma mais aussi au quotidien des femmes . (dans ce dernier cas elle s’apparente à du harcèlement de rue/sexuel)

Cette publicité d’une marque de literie destinée au Web,  qui a fait un  buzz  l’été dernier , et dont l’humour ne sert en réalité qu’à voiler  le sexisme , ( car on oublie souvent que l’humour peut être sexiste )  incarne pour moi  la publicité sexiste par excellence : On y trouve

  • Un personnage féminin ( Nadia ) : Une femme aux mensurations de mannequin
  • Elle est sexualisée par le fait notamment qu’elle porte le livre Tentation de Stephenie Meyer
  • Elle subit le male gaze dans la rue  (description par la voix-off masculine puis par d’autres personnages )
  • Son corps est découpé en parties (découpage en plans /  jambes)
  • Elle est représentée comme une récompense (sexuelle) au personnage masculin         (Mahmoud)

Les stéréotypes de genre

Les stéréotypes féminins comme la femme au foyer, bonne ménagère, ou de la femme – objet (que je viens d’expliquer dessus) sont sans doute les plus récurrents dans les publicités. Ces dernières véhiculent des clichés qui maintiennent les préjugés sur les femmes et  banalisent les inégalités entre celles-ci et les hommes .

Le cliché de la mère au foyer est le plus remarquable et est  devenu banal dans les publicités télévisées pour les produits typiques  des tâches domestiques ( alimentaire ou hygiénique ) . Non seulement , les  publicitaires  voient en  les femmes  les seules cibles pour ce type de produit mais ils  contribuent  aussi , à maintenir les constructions sociales des rôles féminin et masculin

Le plus dangereux, c’est  quand la publicité fait dans la  socialisation  voire  dans le conditionnement des enfants aux rôles genrés. Comme on voit sur cette affiche publicitaire urbaine pour produit nettoyant, c’est une petite fille qui incarne le cliché de la mère de foyer. Aussi, la petite fille semble déguisée, ce qui me fait penser aux jeux d’imitation que font les enfants de leurs parents de même sexe. Dans la psychologie, l’imitation est un mécanisme d’acquisition des valeurs et de sociabilisation des rôles féminins et des rôles masculins.  Comme on le sait, les parents représentent pour les enfants le premier modèle adulte. En tout, c’est de ce devenir-femme dont il est question dans cette publicité.   Ce qu’elle nous apprend, c’est que pour devenir femme, il faut faire comme maman, et que fait maman ? Maman fait le ménage.

Juillet 2015

Le CAS « Andi Mé Nkolek » ou le discours antiféministe sur la violence conjugale

Personne n’a été indifférent devant le succès effrayant de l’émission «  Andi Mé Nkolek »* adaptation tunisienne de l’émission française Il n’y que la vérité qui compte , où l il n’ y a que le show qui compte finalement . Personnellement, j’ai visualisé la majorité des émissions de ces dernières années, au moment où j’ai pris conscience du discours masculiniste véhiculé sur la question des violences conjugales subies par les                   «témoignantes ».Dans la plupart des épisodes où on a vu des témoignages de femmes, le plateau s’est vite transformé en procès pour violence conjugale. La violence maritale ou domestique est devenue le sujet répétitif de l’émission malgré les méthodes d’échantillonnage. Comme spectatrice, le traitement par l’émission de la question des violences en général et de la violence conjugale en partie s’est heurté à ma propre vision féministe de la question.  On est carrément devant une ignorance totale des violences conjugales, et surtout devant un discours antiféministe sur les violences faites aux femmes.

L’animateur – dont je ne citerai point le nom dans cet article – dans une tentative d’anoblir le concept, n’a cessé de marteler qu’il s’agit d’une « émission sociale, qui reflète la réalité des choses.» A vrai dire, l’émission télévisée joue sur le mélange des genres : talk-show, reportage, investigation, et se donne ainsi une certaine crédibilité auprès d’un public peu averti. Paradoxalement, l’animateur affirme aussi qu’il s’agit d’un format de télé – réalité. Mais ce qu’on oublie souvent, c’est qu’il y a une très grande part de construction, de préparation en amont, donc d’artificiel, qui laisse penser qu’on est loin de la réalité telle qu’elle est. Ces émissions « qui placent des personnes anonymes dans des situations artificielles créées pour l’émission dans le but d’observer la réaction des participants pour susciter l’émotion « participative » du téléspectateur, encouragée par une forte tension dramatique et émotionnelle. »** impliquent le voyeurisme des téléspectateurs pour répondre à des motivations purement marchandes.

La dépolitisation de la violence conjugale

Il m’était remarquable que la plupart des femmes qui ont témoigné sur leurs problèmes de couples évoque surtout d’autres problèmes que celui de la violence conjugale. Chose tout à fait logique, puisque pour elles, la violence n’est pas LE problème, c’est le vécu quotidien sur lequel viennent se greffer d’autres problèmes. A aucun moment, l’animateur n’a essayé de problématiser la question.  La question de la violence demeure représentée non pas comme un problème à part entière / central au sein du couple, mais comme un problème secondaire.

Si l’ampleur du problème de la violence conjugale est bien visible dans l’émission, sa nature reste toutefois dénaturée. Elle est présentée comme relevant du privé, des affaires familiales et personnelles, directement liée à des milieux sociaux et familiaux qu’on nous présente comme étant « pathologiques ».  Les histoires racontées nous renvoient aux dysfonctionnements psychologiques, socio-culturels ou moraux des couples. Les justifications de la violence (directes ou insinuées) durant l’interview de l’animateur, appuient l’idée d’une coresponsabilité de la violence conjugale au sein du couple.  Les fausses raisons de la violence comme l’alcoolisme ou le chômage trouvent aussi leurs comptes.

Les récits des violences sont ainsi appréhendés par un cadrage individualisant un problème à l’origine social et collectif et qui s’inscrit profondément dans les inégalités entre les hommes et les femmes.  Dans un pays, où la violence conjugale est la première cause de décès des femmes âgées entre 16 et 44 ans; l’émission, en véhiculant un tel discours antiféministe et masculiniste (volontaire ou pas d’ailleurs) vient en rajouter une couche.

Du conservatisme paternaliste au nom du soi-disant sociétal

Face aux témoignages des violences vécues par les invitées, et le désir de réconciliation des partenaires agresseurs, l’animateur essaye à maintes reprises, de réconcilier les victimes avec leurs conjoints violents, allant jusqu’à insister, sans jamais prendre conscience, dans la plupart des cas, de la gravité de la question.   Arguant l’argument de l’unité familiale et du « bien des enfants », il n’a cessé, au nom du pater familias , d’essayer de recoller les morceaux, au détriment de la détresse de ces femmes. La sacralité de la famille traditionnelle, protégée par le père, quitte à être un père violent, prime sur les droits et la dignité de ces femmes violentées. Mais les tentatives d’orienter le « show » vers un happy end, se heurtent souvent au refus des femmes de « pardonner » à leurs conjoints, parce qu’ elles savent sans doute  mieux que l’animateur mansplainer  qu’elles se sont  trouvées  dans un cercle de violence sans issue et qu’il fallait s’en sortir .

L’émission qui se veut sociale, non seulement a dépolitisé un problème pourtant très politisable, mais est passée à côté de sa vocation sociale : A aucun moment, les victimes que ce soit de violence conjugale, viol ou inceste, n’ont été orientées vers des institutions capables de les prendre en charge, aucuns numéros de centre d’écoute et d’orientation n’ont été affichées sur l’écran, aucun suivi des participantes non plus.

La banalisation  

Au-delà de cette dépolitisation et son traitement en tant que « faits » particuliers, la banalisation de la violence conjugale atteint son paroxysme de par la légèreté du ton avec laquelle la question a été traitée, d’abord, et par une survisibilisation médiatique ensuite.

Dans un contexte de post-dictature, où on a assisté à une soif de tout dire, tout montrer à la télévision (avant la création d’une instance de régulation la HAICA et même après), on est passé directement du déni des violences envers les femmes à la banalisation de celles –ci. Mais peut-on tout dire ? Trop dire ? Et de quelconque manière ?

Les coups, les gifles, les lancers d’objets des/par les conjoints violents deviennent des motifs comiques. Par ailleurs, les parodies de l’émission n’ont fait qu’accentuer ce trait comique et porter la banalisation à son summum. L’animateur, faisant mine de condamner la violence, arrive tout de même à s’en amuser, impliquant avec lui un public très réactif aux rires et aux applaudissements. Il assure ainsi le spectacle.  Dans son livre Le rire historique, Sabina Loriga, en traitant de la question juive, affirme que « l’humour permet de passer constamment d’une position à l’autre, créant la confusion. » Parler de sujet grave à la télé, avec humour, c’est un peu comme faire « un pas en avant, deux pas en arrière », c’est banaliser une problématique grave.

Ce cadrage télévisuel de la réalité des violences au sein des familles, présent dans les émissions de talk-show tunisiennes, tend  à survisibiliser  les cas des violences conjugales  . Mais les chiffres exacts sont de 47 pour cent de femmes victimes de violence exercée par un partenaire masculin (on estime que le chiffre est plus élevé).

La sélection des participants se base probablement sur une méthode d’échantillonnage mais il y a une volonté apparente de mettre en avant les drames familiaux, si on compare l’émission à l’émission française originale Il n’y que la vérité qui compte, pays où la violence domestique est tout aussi alarmante, ou bien à une émission du même concept comme Jek El Marssoul  . A vrai dire, ces issues familiaux renvoient les spectateurs à leurs propres vies privées (identification). Moyennant «  lynchage de linge sale » des familles (voyeurisme) , elles garantissent  le « show » qui plus devient chaud plus devient vendeur .

Cette situation a mené à une survisibilisation et une généralisation des violences conjugales dans les émissions des talk-show, qui , faute de conscientiser les spectateurs, banalisent chez eux la question. Visibiliser les violences conjugales sans trop les visibiliser : « un dilemme » que les féministes rencontrent pour faire face au déni autour des violences sexuelles :

« Faire état des violences sexuelles comme d’un fait généralisé, [ …]nous place cependant devant un dilemme. ]C’est précisément lorsqu’il nous faut reconnaître la généralisation du viol que nous risquons d’en banaliser la violence, voire la nier. […] après tout si « tant de femmes que ça » sont violées de par le monde, est-ce que par hasard ça ne ferait pas partie de la vie comme elle va, ou de la nature des choses ? Est-ce donc si grave que cela ? »***

Le même cadrage cache une forme de racialisation ou de « classicisation » si je puis dire, du problème des violences subies par les femmes. En effet, la plupart des numéros se concentre sur des femmes et des hommes issu(e) s de classes défavorisées. Le plateau télévisé se transforme en une sorte d’arène des « classes populaires »   présentées comme illettrées, débiles et dangereuses.

La question qui se pose ici, est, la violence conjugale est -t-elle un problème de classe ? Est-elle liée à la pauvreté ? Les statistiques montre que les violences conjugale, sont présentes dans tous les milieux sociaux, et qu’elles sont indépendantes des facteurs sociaux.  Néanmoins, la précarité aggrave les violences conjugales.

De quoi faire enrager les féministes (et pas que) pour qui la violence à l’encontre des femmes n’est autre qu’une violence structurelle, qui tire son origine d’un patriarcat intériorisé dans la société depuis des siècles. L’ATFD , n’a pas tardé  à ce sujet  , à rédiger un rapport sur Le traitement médiatique des violences sexistes , et à pointer du doigt  ce genre d’émissions  dont le traitement reste marqué : «d ’ignorance de la problématique de la violence sexiste et un spectacle déplorable de la maltraitance des femmes victimes de violences sexistes en direct. »****

Yosra.

Notes :

*L’émission a annoncé son arrêt, mais la rediffusion continue encore

** Monique Dagnaud, “Tout ce que vous avez toujours voulu savoir sur la télé-réalité.

*** Patrizia Romito, Un silence de morte

**** ATFD, Réflexions sur le traitement médiatique et les pratiques journalistiques des violences faites aux femmes

Cet été , elles ont fait les beaux jours du sport tunisien

Ces sportives dont on parle peu

Sarra-Besbes[1]

Sarra Besbes : Médaille de bronze à l’épée au Mondial d’escrime le 15 juillet 2015 à Moscou .

habiba-ghribi-nouveau-record-tunisie-730x430[1]

Habiba Ghribi : Meilleure performance mondiale pour  au 3000m steeple au Meeting de Monaco du 17 juillet 2015 et médaille d’argent du 3000 m steeple au Championnat du monde d’athlétisme de Pékin du mois d’août .

Sarra-Lajnef1[1]

Sarra Lajnef  : Médaille d’or au championnat du monde de Natation ( 200 mètres 4 nages) de Kazan, en Russie, (et 3 autres en argent) le 13 août 2015 .


o-MOUNA-CHEBBAH-facebook[1]

Mouna Chebbah : Élue  meilleure joueuse de la saison 2014/2015 par La Ligue Féminine de Handball en France , élue aussi meilleure sportive arabe en 2014.