Gnose

Au nom de l’Infaillible

A rebours du psautier de l’infamie

Au nom de l’Immuable

Votre tailloir d’atomes sur la dorsale d’Adam

Au nom de l’Ineffable

Ma joute moratoire dans le tiroir des aumôniers

Au nom des miens

Prieuré de seigneurs de cénobites et de derviches hurlants

Ce puisement dans la gnose de tes corps dissipés

 

Homme s’échinant à trahir

Transi par la perte de ce qu’il ne sût garder

Femme dans les yeux lestés de l’homme

Plus belle que la promesse de l’étranger

Aimant de la discorde, l’instant se cabre s’enfielle et se tracte

Sur le macadam de la colonie

 

Voici donc la pierre ponce sous l’écorce

L’argus des terres bolaires et des arguments

La chair vive qui gicle du haut de ma vertu

Je t’aurais dit demeurons dans ce gîte où le cœur se réjouit

Honni soient les mots rêches

Et l’étreinte qui m’affranchit sans te dépêtrer

 

Se repeuple la chambre brune

Agglutinée au dernier rempart de ta volupté

N’a pas d’odeur le froissement du midi

Rengaine de lunes empalées qui ne te reviennent pas

 

Et bouches qui n’embrassent pas

Rutilant de trêves longues et exsangues

Le sacrifice du bouc émissaire

N’épanche point le rut

 

A la table de l’Univers s’est assis

Ahlem l’Avenue

La femme crue aux bras charnus

Elle raconte la traite, les nuits fauves et tous les vomito blanco

Puis détourne l’arc-en-ciel sur la ligne de crête

L’homme qui se lève pour payer son café

Ne la rhabille pas avant de s’en aller

 

L’une a trahi l’autre qui va partir

Que tu m’as dit

Toujours la même femme-enfant

Engorgée dans l’autre côte de toi-même

L’Eve née d’Adam salpêtre des temps passés et à venir

 

Vois ces terres fumantes arguant de l’abreuvoir

Où fientent les cigognes

Ce silence bancal déposé sur la table de Jugurtha

Ceint de vent et d’acouphène de la méridienne

Scellé de mes aïeux sillonnant le quantième

Jusqu’à la silice

Où décline le génotype Mayor des basses plaines

Aux saignées des hordes de Tarsus et de Zenata

 

Ici commence le partage des eaux Yarmouk ancestral de satrapes

De suppliciés du sceptre ornant le triomphe

De Cyrus d’Alexandre et de Saladin

Ici finit le voyage de Zénobie au râle sourd

De femmes d’exception coulées dans le quartz

Des Monts Qasioun et Sinaï

Dans l’impatience extasiée sur la couche des amantes

Défrayées au grènetis du gruau

 

Viril fut mon silex de prêtresse

Vaticinant les douze tribus glapissantes

Ma gemme de sentences ralliant en ces temps de marais

Le factum à l’anathème de l’orant

Mon aiguière lavant d’eau verte les échinés de la plaine

En ces temps, le feu sacrait les convois de ma tribu

Ni la stèle où fut ourdi l’épiphanie des futurs mitrés

 

Je m’ouvre femme enfin à ton engeance de chaman

De ton chavirement d’homme du naufrage

Mon pachyderme entre tes mains de désir s’effrite

En eaux-fortes suées exaucées dans le vœu de ta perte

Par nuit fractile où l’hydre par sept fois dégénéra entre tes doigts

Au rectum de nos parlêtres

L’ardeur de ton mot s’ancre à nos membres essentiels

 

Qui charrie en moi ces vives eaux de gangue

Ces jusants de béryl et de nostalgie

Geysers qui se lèvent en l’homme torpide

Et proie enfin lâchée ruisselant de ton eau en retraite

De la coulure de mon corps à ton corps encroué

La consonne sonore éplorée à l’épopée innommable

Ensevelie avec les anti-héros

 

Comme il est proche le temps de la naine blanche

Ravisseuse des magnitudes épandant la lettre servile

Et le cantique imparfait en poussière de croyants

A l’ombre molestée le kandjar de la milice

Inversant la tessiture au kana de l’étranger.

 

Un poème de Nadia Haddaoui

1906a


Ce texte a été écrit dans le cadre de l’atelier EcriLecture de Chaml sous le thème du corps. L’idée est de faire parler des femmes, chaque mois, sur un sujet différent. Elles pourront dire ce qu’elles pensent sans que quiconque ne les représente.


ecrilecture avril 2

L’Orgasme Insulaire

Toc toc, nous sommes le 1 er janvier 2007. Je suis ivre morte et j’ai perdu ma virginité. Je n’ai rien senti, mis à part la profonde honte de n’avoir pas saigné et une étrange sensation d’avoir fait pipi au lit. En revanche, Rafal, mon partenaire, avait le visage de Lewis Hamilton à son arrivé, premier, au F1 2008.

Je suis restée coi. Perplexe, la bouche anesthésiée. J’avais taie mes interrogations face à son « c’était bien ? » auquel je répondis en haussant la tête. Un « oui » muet et timide, aussi faux que les nibars de « Beshine ». Evidemment, idiote, je croyais qu’il était plus que normal de ne rien sentir. L’orgasme féminin m’était inconnu. Socialement, on ne parlait que de l’orgasme masculin. Personne ne l’avait, jamais, conjugué à l’autre sexe, en tous cas, pas en ma présence.

Et si je simulais ça lui donnerait plus d’assurance, donc, probablement, plus de plaisir pour moi.

Mauvaise idée. Il s’imaginait encore plus étalon et reproduisit, encore et encore le même schéma. Telle une étoile de mer, la position du missionnaire devint mon quotidien. Je ne dirai pas qu’il n’y avait pas de plaisir : mais siiiii, quelque fois. Quant à Rafal, je ne sais pas si c’est par indifférence ou maladresse qu’il ne s’en est jamais rendu compte mais je ne le blâmer pas. Après tout, j’occultais, moi-même, le sujet.

Pour moi, faire l’amour était ce qu’il fallait faire lorsqu’on est amoureux.

Mon corps et mon cerveau n’arrivaient à être d’accord. Mon corps en demandait plus et je n’arrivais plus à le retenir, non pas pour le plaisir, mais par faim. Il n’était jamais comblé.

Je ne vais pas nier que j’avais un blocage avec le sexe. Trop complexée, non seulement maigre mais en plus poilue, il fallait être, complètement, dans le noir. Trop féministe, je ne taillais pas de pipe : pas question qu’un homme me mette à genoux. Lui non plus n’avait pas eu l’idée de descendre à la cave. Et puis, s’il l’aurait tenté, il lui aurait fallu un écarteur pour briser l’étau de fer que formaient mes cuisses.

Craignant de passer pour une frigide, faire la « mi none mi pute », et continuer à jouer de faux orgasmes n’était plus un choix. C’était un travail à part entière. J’avais honte. Je dissimulais. Je devais raconter une histoire à mes copines. Et j’en créais tellement. J’avais une réputation à sauver.

La seule fille de l’entourage à ne plus être vierge, à ne pas le cacher et à le brandir haut et fort tel un trophée.

Le temps passe et je ne m’étais, encore, jamais sentie rassasiée. Je croquais du regard les passants, léchais, constamment, mes lèvres et haussais la voix pour attirer l’attention. Cette sensation d’avoir quelque chose qui me titille le clitoris et qui me murmure en silence « Cherche-moi. Cherche-moi. Cherche-moi », me faisait perdre la tête. La fidélité devint handicapante pour moi.

A chaque lutte, un moment ou on ne peut plus de creuser dans le vide.

Toc toc, un an après. Encore une fois, je suis bourrée et je suis allée voir ailleurs. A vrai dire, l’alcool m’était d’un grand soutien. Lui, c’est Louis. C’est à l’arrière de sa voiture, complètement ensorcelée par le charme de ce jeune homme, que je me suis abandonnée sur lui tel un glaçon sur le feu – aussi légère qu’une plume, aussi flexible qu’un élastique.

Ce soir, j’avais découvert le spasme, ce moment de contraction musculaire. Ce moment, où ton vagin se contracte involontairement, ton clitoris se rétracte, ton utérus brûle, tes tétons pointent, les battements de ton cœur s’accélèrent, ta respiration est coupée, tes cheveux défaits et que tu transpire. Ce moment où l’unique que tu puisses avoir est d’arrêter le temps. Ce moment où tu ne gère, ni les mots qui crépitent dans ton cœur, ni les pirouettes que tu fais plantée dans un socle fixe, orbitant comme des galaxies autour de son soleil.

Et si je pouvais seulement me défoncer à l’endorphine et vivre constamment cette sensation de bien-être inégalée ?

Nos galipettes se multipliairent : aux toilettes publiques, au jardin de la maison, aux parkings, sur les toits, chez des amis, dans les cuisines, chez nos parents, au milieu d’une réunion, à la fac, sous la table, sur un lit que nous partagions avec tant d’autres amis… c’était incontrôlable. Il suffisait d’un regard, un seul regard volé, pour que je vole à lui, me coller contre son corps, m’évanouir dans ses bras, m’agripper à son âme. J’étais prise par ce tourbillon. Je volais et il me guidait.

Il y avait une sorte d’horloge. Il suffisait que mon corps fasse face à un manque de son corps, et nous étions, soudain, comme ça, unis. Il était partout et nulle part. Notre jeu est simple. Il était patient et curieux de moi. J’étais insatiable et curieuse de moi. C’est une relation entre deux corps et l’idée est de faire communiquer l’un à travers l’autre. Nous communiquions trop.

Nous étions unis dans la baise, ni exclusivité, ni limite, ni contour, sans avoir à garder sa braguette fermée et son regard vers l’horizon.

Louis pouvait passait des heures à contempler chaque partie de mon corps. J’étais gênée. Non pas que je n’aimais pas, mais je ne croyais pas qu’un homme comme lui, puisse me regarder ainsi. Il relevait mes cheveux, et se glissait dessous pour souffler légèrement sur mon cou. Je ne pouvais pas me déshabiller et j’avoue que je ne le laissais pas faire. Il y avait toujours un peu de lumière. Il dégageait, alors, discrètement mes omoplates de ma veste et soufflait encore plus bas. Je ne savais pas ce que ça me faisait. Je savais que je ne détestais pas. Alors je ne bougeais plus. J’étais attentive. J’attendais un signe. J’attendais. J’attendais. J’attendais.

Le plaisir nécessite beaucoup de patience, de la persévérance et l’écoute de son corps. Je peux y arriver.

Il me souriait en me disant combien « je suis belle en plus d’être brillante ». J’apprenais à me voir ainsi à travers ses yeux. J’arrivais même à y croire. Ni moi, ni mon corps n’arrivaient, déjà, à oublier nos vieux démons. Mes complexes n’avaient pas totalement disparus. Je ne pouvais pas le laisser me toucher si je n’étais pas parfaitement épilée. Pourtant, il n’y voyait aucun problème et mon envie de lui y était.

Quand je ne le repoussais pas, je le laissais faire. Il s’en apercevait et n’aimait pas cette démission. Pour Louis, le sexe, « si ce n’est pas un plaisir à deux, dissociable de l’amour, ça n’a pas d’utilité ». Il m’avait appris, qu’avant tout, « c’est le plus court chemin vers mon corps ».

Je suis une bonne élève. Je voulais découvrir ce corps que j’ai et que je ne comprenais pas. Ce corps qui est à la fois, ma mobilité et mon handicap.

De la none à la conne, de la soumise à la croqueuse d’hommes à la sexualité débridée, je voulais apprendre. Et apprendre couchée était l’idéale. Non pas que je m’allongeasse pour apprendre mais l’apprentissage serait tellement plus dense étant allongée au creux d’un lit, ouverte à la bonne page, chapitre en feu. Je multipliais mes aventures, à droite et à gauche. Je me faisais tirer et je tirais des coups. Bleu, blanc, noir, rouge… tout était bon. Brusquement, je commençais à avoir le don d’avoir qui je veux raccompagner.

Louis m’avait-il donné confiance en moi ? Suis-je nymphomane ? Et puis au final, où est le mal dans le fait de gâter son corps ?

Un an, puis deux, puis j’en voulais toujours plus. Mes sentiments commençaient à me défier, la polygamie à m’agacer. Comment pourrai-je expliquer à mon être que je ne peux pas espérer plus de Louis, que ses heures volées ? Comment pourrai-je expliquer à mon corps que ses heures volées ne suffisent pas à mon être ?

Je l’attendais chaque soir et la tension montait : J’étais comme une bombe et il était mon détonateur. Il me faisait vibrer. Dès qu’il est là je deviens toute excitée, mouillée, prête. Il émettait des ondes involontaires et délicieuses. Pas une minute à perdre. Il me déshabille brusquement et me jette sur les draps tout blancs.

Comment il aurait su par où me faire jouir, si moi-même, je ne le savais pas ? Je devais me toucher à travers lui.

Je glisse alors ma main entre ses jambes, contourne son  membre au creux de ma main et parcours, avec, mon entre-jambe. Nous y étions. Je m’étais arrêtée. Je voulais que ça dure et il l’avait compris. Il glisse, alors, sa main. Je serre mes cuisses, autour de ces doigts. Il me couver le corps de caresses et de baisers, et je m’écarte, brusquement. Il descend. Son nez face à l’origine du monde, il me souri. Et là, il plonge sa langue dans ma fente. On ne m’avait jamais fait ça auparavant et je n’avais jamais éprouvé autant de plaisir. J’étais transportée complètement éclatée. J’étais sur les ailes de la colombe mais mon équilibre était instable.

UN DOIGT. DEUX DOIGTS. LE DÉTONATEUR. LA BOMBE A ÉTÉ MISE EN MARCHE.

Je me retire, essoufflée. Le temps d’inspirer une bouffée d’oxygène, je suis sur le ventre, le dos arqué, appuyée sur mes avant-bras. Louis, derrière moi. A travers cette position nous nous croisons sous des angles différents. Il m’attirait et je ne m’attarde pas pour aller à sa rencontre.

NOS CORPS N’EN FAISAIENT PLUS QU’UN SEUL. NOUS AVIONS FUSIONNÉ.

De soir en soir, j’apprenais à guider. Comme une symphonie, les mouvements des corps devaient se démarquer en s’accordant. De ci, de là, partout, si bien, nous ne laissions nulle position s’éterniser. « L’important est le chemin vers mon exaltation, rien que ça, seulement ça. C’est de la torture. J’aime ça. Je veux grimper cette montagne, m’assoir sur son sommet, hurler de passion et me laisser tomber ». J’étais complètement déchirée, au moment où la contraction de son cœur se sentait entre mes jambes, l’obscurité qui s’accentue au fond de moi, inerte… Mon visage après l’amour, l’éclat de mes yeux. J’en veux encore et toujours. Et ce n’est pas fini.

Suis-je devenue une guêpe d’hommes ? Des interrogations me tracassaient. D’un côté, je voulais m’affranchir, me libérer complètement de l’emprise culturelle, adepte à la loi du contre-courant, portant si bien le chromosome de « c’est mon choix ». De l’autre côté, ma libération sexuelle ne semblait pas changer grand-chose. J’avais de plus en plus de problèmes. J’étais de plus en plus triste. Les commérages m’affectaient. Et je n’arrivais pas à m’assumer.

Louis n’était jamais loin. En plus d’être mon initiateur, il était l’un de mes meilleurs amis et j’étais folle amoureuse de lui. A lui, je ne cachais rien. Il m’était d’un grand soutien et d’un peu de savoir. Et si ma libération sexuelle et ma conscience féministe n’étaient pas que féminine ? N’est-il pas en partie mon libérateur ? Quand moi-même je ne m’assumais pas et je me jugeais, n’était-il pas le seul à ne l’avoir jamais fait ?

LES AUTRES FEMMES ATTENDENT-ELLES AUSSI LEURS LOUIS OU LOUISE ? Je ne l’espère pas.

Nos évasions sexuelles devenaient moins fréquentes mais ne perdirent pas en intensité. Il pouvait encore me faire jouir comme à la première fois. J’étais enfin prête. Prête à lui transmettre mon ressenti. Je me sentais redevable. Redevable envers mon détonateur. Comment pourrions-nous mieux transférer une émotion qu’en conversant physiquement dans un silence verbal.

Je m’allongeais de tout mon corps nu sur lui. Chaque millimètre de ma peau en contact avec la sienne. J’ai confiance en lui. Je suis en sécurité. Nous avions déjà fini le marathon ce soir. Essoufflés, allongés sur le lit, nos corps déchus de tout, il allumait une cigarette que nous partagions. Le temps que nous éteignons cette flamme je me rendis compte que c’était le bon moment. Et me laissa faire.  J’avais posé ma tête sur son pli de l’aine face à ce qu’ils appellent, un bijou. La chaleur remontait.

Je regarde cette chose et je suis désolée de ne pas trouver ça beau. A l’époque, je n’osais pas le dire, mais heureusement, mon visage me trahi. Il s’en est surement rendu compte quand il a essayé de me relever et a souri, encore une fois. L’idée d’enfoncer cette chose dans ma bouche me dégouttait. Et puis, non, je ne serai jamais à genoux. Je m’efforçais de croire au partage. Je me sentais égoïste. Je me rassurais en me rappelant de ce que je ressens pour lui.

Et je glissais mes lèvres. UN CENTIMÈTRE. DEUX. TROIS. JE VAIS Y ARRIVER.

Alors, je le regarde et j’absorbe le tout, tout en faisant attention de ne jamais frotter mes dents. Il me tient la main et il la serre jusqu’à l’écrasement. C’est là que mes mini-contractions, celle de l’effet ventouse de ma mémoire vaginale reprennent. Suis-je aussi en train d’y trouver du plaisir ? Mes va et vient s’accorde sur ce même rythme. Ça va trop loin. J’ai peur de m’étouffer. Je le regarde. Son visage, l’éclat de ses yeux et les gémissements qu’il essaye timidement de cacher m’enivre. Les va et vient se font désormais tout seul.

Pour ma délivrance, je me disais « je ne suis pas obligée de le raconter à quiconque ou de m’en rappeler ».

Sur cet archipel, j’avais appris deux choses : comment baiser comme un homme et comment jouir comme une femme ? Avec Louis, j’ai appris à avoir ses pensées perverses sans avoir à les cacher. Depuis, quand j’ai envie de baiser, je le fais. Je peux tirer un coup, rassasier mon corps et me casser. Mais contrairement aux hommes que j’ai connus, je n’arrive toujours pas à contenir mes sentiments. Aujourd’hui je suis sobre. J’arrive à survivre à des mois de sécheresses et je m’épile rarement.

PLUS DE SEPT ANS APRÈS, LOUIS EST TOUJOURS MON AMANT.

Rare sont les jours qui passent sans que je ne remémore nos nuits volées, ses regards, nos discussions à sens inverses, ses caresses, ses baisers, nos mouvements, la sueur, mon corps et je tremble. Chaque instant d’une vie contre lui, avec lui et sans lui, chaque orgasme… de Louis, je n’ai rien oublié. A chaque rencontre une passion soudaine envahie mon corps. Avec Louis, je m’ouvre par mes cinq sens. Pas la peine de me censurer. Il attise mon désir et le modère si bien. En guettant sur mon visage l’impact de ses mots on n’y voyait que de l’insatiabilité. Louis me fait oublier mes regrets et mes espérances, mes devoirs envers la société, les notions qui régissent mes relations avec les humains. Quand il est là, nous sommes seuls dans ce monde, rien que nous, rien qu’ici, uniquement cette lueur d’espoir.

J’ai besoin de tendresse, d’écoute, de passion. Et il est doué.

Finalement, ce qui m’a libéré ce n’est pas Louis. Le machisme et la domination masculine ont longtemps interdit aux femmes de manifester leur désir, leurs fantasmes, leurs attentes. Louis n’est ni dominant, ni macho. Louis me respecte et ne me juge pas. Si j’ose, je dirai que Louis est l’un de ses hommes qui n’ont pas honte de leur féminité.

Bien que féministe, mon inconscience ne l’était pas, c’est pour cette raison que ce confort m’a aidé à m’ouvrir.

 

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Ce texte a été écrit dans le cadre de l’atelier EcriLecture de Chaml sous le thème du corps. L’idée est de faire parler des femmes, chaque mois, sur un sujet différent. Elles pourront dire ce qu’elles pensent sans que quiconque ne les représente.


ecrilecture avril 2

Cuerpo

Au départ, je devais écrire sur le corps, sur sa politisation, un travail pour engager le débat. Et quand j’ai commencé à écrire, ça a donné un texte que je trouvais candide, simpliste où les références et les influences littéraires étaient quasi-absentes. Une sorte d’improvisation, d’un dialogue entre moi et moi, un dialogue enfantin, autiste, loin d’être superficiel, mais pas aussi profond que je l’aurais souhaité. Je me suis sentie nulle et je me suis même demandé s’il ne fallait pas que j’arrête de débiter mes inepties et d’arrêter d’écrire à jamais.

Puis je me suis retrouvée dans la salle de bain, un des rares endroits où tu es seule avec ton corps, ta tête, tes viscères… oui bon… ce moment d’intimité à faire surgir des souvenirs. Je me suis souvenue d’une fois où adolescente, j’essayais d’enfiler un jean, qui ne voulait pas rentrer, bloquait au niveau des hanches… ce n’était pas une histoire de régime, ce n’était pas la première fois que ça m’arrivait, c’était une histoire de formes. Je devais avoir combien ? 14 ans tout au plus. Je venais de réaliser, dépitée que mon corps était différent (quand je dis différent, je pense à mes copines de l’époque, des tailles 36, bien dans leurs peaux, bien dans leurs jeans). Et c’est là qu’il a commencé à être pesant, ce corps. Je vous avouerais que durant toute mon adolescence et même une partie de ma jeunesse, je n’ai jamais mis de pull qui s’arrêtait au niveau de la taille… tous mes pulls, mes chemises arrivaient au niveau des genoux. J’ai caché un maximum de mes rondeurs. Pourquoi ? Parce que personne ne m’a aidée, au contraire on m’a toujours fait comprendre que je devais avoir honte de mes formes. Ton corps ne se fond pas dans la masse, il ne passe pas inaperçu… !

Les «tu veux pas mettre un gilet long pour sortir ?», «tu vas sortir comme ça», «ça c’est pas une robe pour toi»…. je pourrais remplir des pages avec. Du coup, chaque fois que je me faisais harceler dans la rue, euuh pardon, chaque fois que je me faisais accompagner «gentiment» contre mon gré à l’école par un mec qui trouvait que ma poitrine étaient ceci et que mes fesses étaient cela, j’avais honte. Une honte mélangée à de la colère, mais pas moins honte pour autant. Il a fallu des années pour que la colère prenne le dessus. Et pourquoi me jugent-ils ? Pourquoi devais-je subir tout ça, les regards, les remarques, les convictions des autres, le moule dans lequel tu dois rentrer si tu ne veux pas être rejetée.

Aujourd’hui, après un bout de chemin et plusieurs histoires, il me porte plutôt bien ou c’est moi qui le porte je ne sais plus, ce corps mais… ce n’est qu’une illusion. Je suis sortie de la prison de mes stigmates, vers une plus large prison. Tu crois t’être évadée de ta détention, mais tu te rends compte que ta cellule débouche sur une cour, une grande très grande cour de prison.

Aujourd’hui, j’ai réalisé que je n’avais plus à subir aucun diktat pour exister mais j’ai aussi réalisé que cela ne suffirait pas à me débarrasser des regards culpabilisants. Des regards qui te pèsent, te soupèsent, te mesurent, qui s’indignent de ton assurance, de ton indifférence face à leur provocation.

Ce que tu penses tu peux le garder pour toi, tout le monde s’en fiche, ici, il y a des règles. Pour vivre dans la grande cour, il faut suivre les règles à la lettre, ou, subir la colère des gardiens.

Les gardiens sont ce mec qui veut donner son avis sur ton corps quand tu le croise dans la rue, c’est l’autre mec qui ralentit sa voiture quand il passe près de toi pour pouvoir te dire une quelconque méchanceté déguisée en drague et qui te traiteras de tous les noms quand tu l’ignoreras.

Les gardiens, c’est aussi cette femme qui te regarde avec haine parce que tu incarne la peste qui menace son « espèce » et qui pervertit les siens.

Les gardiens, ce sont tous ces gens qui n’ont pas compris qu’on pouvait cohabiter malgré la différence et sans être une menace les uns pour les autres.

Ce sont aussi tous ceux qui ont choisi d’être dans la violence pour dominer, pour humilier pour imposer, pour… et qui ont trouvé que dénigrer le corps d’une femme, en faire l’objet de tous les maux sur terre est une bonne stratégie. En réalité les gardiens sont les mailles du filet de tout un système.

Ton corps n’est pas ton corps c’est un temple ou un bordel, choisis ! Tu veux qu’on t’adore où tu veux être une prostituée, choisis. Je ne suis pourtant ni l’une ni l’autre… ou alors les deux, je ne veux pas choisir, foutez-moi la paix. Je veux juste vivre comme je l’entends, sans avoir à vous affronter mais si vous me cherchez…

Maintenant, je vous laisse avec le dialogue qui a précédé la salle de bain :

بدني، سفينة غارقة ساعات و ساعات تعوم فوق الماء رزين نهارات، و نهارات خفيييف يطير مع الهواء… و احنا صغار، ما كناش نفرقو، كبرنا شوية، قالولنا راكم مش كيف كيف. انت ابيض محلاك و انت اكحل الله غالب. هو طفل عندو… يكبر و يولي راجل. وانت طفلة، رد بالك.. زدنا كبرنا، زادو فرقو بيناتنا… شعرك مكشرد، شو هي محلاها، بيضة و طويلة، شعرها ارطب، مصلي عالنبيي. ناخذها لولدي كان انجم، ندفع فيها مال الدنيا… ياخي هي للبيع ؟ كل واحد و سومو… ياخي انا خايبة ؟ كل يوم تكبر، بدنك يزيد يثقل عليك. تتعارك انت و المراية، تكرهو و تكرهها. تحشم بيه… هو يثقل، و خزراتهم تزيد تحسسك قداشو رزيييييبن، قداش هو حبس ليك… بش تخرج لابشة هكة ؟ علاش ؟ شبيه صدري ؟ شبيني.. جلدتي كان نلقى نسيرها، سيور سيور لحمي نفرمو، نحرقني و نرتاح من عينيهم و مالحبس الي محصورة فيه، من بدني. نحرقو و نطير، نجنح. نجي لروحك نبوسها، و نعلي… ماعاد عندي ما يشدني. حد ما عاد يخزرلي و لا يحكم عليا. حد ما عاد يناقش فيا كي الشقف من غير سلعة… نكرههم..

Une ombre passe devant le miroir… Un corps la suit Deux grands yeux qui scrutent le vide… Je passe une main dans mes cheveux, ensuite l’autre… L’une reste accrochée à ma tête, l’autre glisse… Mon cou, il porte ma tête comme il peut. Ce n’est pas tous les jours facile. Elle glisse encore… Deux seins qui pointent comme une arme vers le monde… et vers les yeux arrogants, avides et affamés de ses prédateurs:approche petit con, tu le ferais si tu pouvais, hein ! Mon ventre…puis, l’origine du monde, pas Mon monde… quel monde est sorti de là ? Celui là même qui se referme sur moi comme un piège, qui m’étouffe, me culpabilise, m’utilise pour justifier sa cruauté… jamais tu n’aurais du enfanter ! Mes cuisses, mes pieds, des imperfections que j’ai appris à tolérer depuis qu’on s’est réconcilié… mon corps et moi

رجعت… درت، درت و رجعت ما عنا كان بعضنا انا و انت، تهزني و نهزك… با بدني شقف و سلعة… انا وانت كهو، هوما فرايجية زعمة يعملولنا صنبة انا

وياك، انا و انا ؟ كان يعرفو قداش حاربنا، قداش حررنا, قداش اتفاوضنا و صححنا وثايق، و اعلنا من هدنة قداش من استقلال جبنا، و من ماتش ربحنا كان يعرفو، تو يحطولنا صنبة في الشارع لا شاشية اسطمبولي، لا شوالق سادة، كيما نهار الي تخلقنا… نكره الصنب، نكرههم نكرههم كيما نكره عركاتنا الي خسرناهم… و نحبك

 

Un texte de Hajer Boujemaa

Skindeep de Julien Palast

Skindeep de Julien Palast

 


Ce texte a été écrit dans le cadre de l’atelier EcriLecture de Chaml sous le thème du corps. L’idée est de faire parler des femmes, chaque mois, sur un sujet différent. Elles pourront dire ce qu’elles pensent sans que quiconque ne les représente.


ecrilecture avril 2

لا تسرع حبيبي لا تسرع

لا تسرع
لا تسرع .. ودعني احس واستمتع
وفي خيالي احلم واستطلع
حتى على عرش قلبي تتربع
لا تسرع…
فشعور اللذة من الروح قبل الجسد ينبع
وفي البطء فوضى الحواس أبهى وابرع
لا تسرع ..
الى الغاب لا تسرع
كفارس مغوار متشجع
بأساطير البطولة تربى وتشبع
لا تسرع .. ودعني اتمنع
واتركني في دور ليلى اتصنع
لا تسرع …
.بل تمهل
على قمم الجبال تمهل
وعن حصانك ترجل
وعلى جيدي توسل
لعلي الى حبك أتوق واتوصل
لا تسرع
فانوثتي الى غراءزك تتوق وتتضرع
وجسدي لملامسة جسدك يتطوع
بعد ان تضور جوعا وتسكع
لا تسرع ..
وبعذب ريقي توضأ
وفي محراب نهدي تتلكأ
واسجد لجسد لا يتجزء
ففي أحضاني الياقوت والوءلوء
لا تسرع ..
من داء الحب اشفيني
وبلمساتك داويني وارويني
وبحضنك دفيني وغطيني
لامس شعري وغني لي
وأرجوك لا لا لا تسرع ..
داعب نهداي
خاصم شفتاي
والثم حلمة أذناي
فقبلات الحب نار تلسع
ولا تسرع ..
حدثني طويلا
عن قصص حبك الاصيلا
عن كل امرأة اتخذتك خَلِيلا
ففي ظلمات الليل لاسرارك أكون المستودع
ولا لا تسرع
فاصابعي تحن لملامستك
واردافي تتوق امداعبتك
واحشاءي تذوب برائحتك
حبيبي لا تسرع..
ودعني على صدرك ارتع
ارسم لوحة بإصبع
اطارد عصفورا آلى الحرية استطلع
فلا تبخل وتسرع
لان الحب في البطء يكون أمتع
Par Rima
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Ce texte a été écrit dans le cadre de l’atelier EcriLecture de Chaml sous le thème du corps. L’idée est de faire parler des femmes, chaque mois, sur un sujet différent. Elles pourront dire ce qu’elles pensent sans que quiconque ne les représente.


ecrilecture avril 2

J’entends encore la plainte infinie des corps

Je vois encore ces femmes :

Femmes battues
avec des ecchymoses violacées
et des os cassés.

Femmes allongées
sur des tables de gynéco
pour quelques sutures de trop.

Femmes couvertes de noir.
Femmes qui miment le noir.

Petites filles
aux mains tendues
pour des bonbons à l’anis
sur l’avenue de Tunis.

Récolteuses d’olive et ouvrières
portées dans des camions
sur des routes précaires.

***

 

Je vois encore la misère
du monde
passer entre les jambes
des femmes.

Cet espace en « bas » *

Cette fente tous les mois saignante

Engloutie, cachée dans nos corps

Souillure patriarcale

Impure à tort

Qui tait à tout jamais son nom …

 

J’entends pourtant de loin sa voix

Sur les bouches de nos grands-mères :

« Je suis un mur, et le fils d’autrui est un fil »*

«أنا حيط وولد النّاس خيط »

Mots d’emprise

Sur nos chairs condamnées

 

J’entends la plainte infinie des corps

Des corps brimés

En couche

Des corps endeuillés

Par des fausses-couche

J’entends la solitude des corps avortant

Quand ils se font tombeaux.

 

J’entends la plainte des corps nullipares.

Des corps anorgasmiques

Et des corps invisibles.

 

J’entends la plainte infinie des corps

Marchant dans les cités.

La plainte

Dans les étreintes non consentis

J’entends encore toutes les Mariem *

Et tous ces cris des femmes

Aux temps des guerres

J’écoute résonner dans mon ventre

Toutes leurs douleurs.

Leurs fentes comme des

Grandes blessures

Incicatrisables

Irréparables.

 

Ecoute encore la plainte infinie de nos corps.

 

Yosra.E

 

Lobna Yassine

Lobna Yassine

 


Ce texte a été écrit dans le cadre de l’atelier EcriLecture de Chaml sous le thème du corps. L’idée est de faire parler des femmes, chaque mois, sur un sujet différent. Elles pourront dire ce qu’elles pensent sans que quiconque ne les représente.


ecrilecture avril 2