Les tunisiennes ne sont pas à l’abri du « revenge porn »

 « Des photos de toi nue ! Partout sur Internet ! »

Les messages affluent par dizaines. Je ne sais plus où donner de la tête. Les alertes viennent de partout : SMS, e-mails, messages instantanés. Des amis, des connaissances, des inconnus. Tous m’informent que des photos intimes de moi circulent comme un virus de portable en portable et sur les réseaux sociaux. Mon corps se met à trembler. Reste calme. Paniquer ne sert à rien. Je dois voir les clichés en personne pour me rendre compte de l’ampleur du désastre avant de m’apitoyer sur mon sort et d’envisager une réaction. Je demande à Pamela de m’envoyer une copie de ce qu’elle a vu. Sa réponse sonne comme un mauvais présage. « Je ne peux pas Nathalie. C’est trop… c’est trop cru. » Mon pouls s’accélère. Si je ne peux pas les voir, je dois en connaître la source. Pamela est la première à m’avoir informée. Elle doit connaître l’origine de leur publication. « Je les ai reçues via un groupe d’amis basé à New Bell », me signale-t‑elle

Je suis chez moi lorsque je trouve le courage d’ouvrir les fichiers joints à leurs messages d’alerte. Le choc est d’une violence inouïe. Je manque de m’effondrer. Il n’y a aucune place pour l’imagination. Tout est là. Mon corps nu, dans les postures les plus dégradantes, et jusque dans les moindres détails. L’une d’elle me montre en plein ébat avec un homme que je reconnais comme étant Sonor. Une autre est un selfie pris devant un miroir dans le plus simple appareil. Une autre encore, sans doute la plus choquante, me pré- sente en train de me masturber les quatre fers en l’air. Ce n’est pas juste de la nudité : ce sont des instantanés de ma vie sexuelle jetés en pâture au public. Bravo. Ça y est. Il a gagné. Samuel m’a tuée. Son geste n’est pas une simple revanche, aussi cynique et perverse soit-elle : c’est un assassinat social. Je ne souhaiterais pas pareille infamie à mon pire ennemi. Il n’a pas hésité à l’infliger à celle qui l’a tant aimé. Je crie, je pleure, dans un déluge de rage et de haine mêlées. C’est trop. C’est insupportable. C’est irréversible. Je m’écroule, inconsciente, terrassée par le choc Je me réveille tuyautée de partout. Les médecins expliquent m’avoir injecté du glucose pour me remettre sur pieds. En me rappelant la raison de mon état et de ma présence ici, ma crise de larmes repart de plus belle et paraît ne plus devoir cesser. Me voir ainsi offerte à la face du monde n’est pas le pire. C’est lorsque je pense à mes frères, à ma mère, mes oncles, mes cousins, à tous ceux qui me sont chers et qui ont vu ou verront un jour ces horreurs que je plonge dans le désespoir le plus absolu. Comment vivre avec une pareille abomination sur la conscience ? Comment sortir dans la rue en supportant le regard des miens, des autres ? Aucun homme ne voudra de moi. Mon employeur va me virer, et aucune entreprise ne m’embauchera plus. Tuez-moi. Je préfère crever. Jamais je ne pourrais m’en relever. Il n’y a pas, il n’y aura jamais d’issue à cette souffrance qui me poursuivra toujours. »

C’est avec ces mots que  Nathalie Koah raconte comment elle a subi la violence extrême du Revenge porn .  Mais  le Revenge porn n’est qu’une facette d’un problème plus large . La cyberviolence est  «  l’usage des différents outils de connexion en ligne ou par téléphone mobile dans le but d’insulter, harceler, humilier, répandre des rumeurs, ostraciser, exercer une coercition externe sur un individu qui ne peut pas facilement se défendre seul ou qui subit une domination. »

Il a été porté à notre connaissance que de plus en plus de tunisiennes ont subi la publication en ligne par leur partenaires ou ex partenaires de leurs photos ou vidéos les montrant explicitement dans des ébats intimes, et ceci, sans leurs consentements. 

Les femmes qui nous ont raconté leurs expériences  nous ont souvent avoué que la prise de photos, selfies ou de vidéos intimes pour leur amoureux ont été faite sans  une réelle envie, voire même sous pression 

La réalisation et la diffusion de photos sans leur sans accord constitue une violence passible d’une peine  : De plus en plus de femmes avouent avoir retrouvé une photo ou une vidéo intime diffusée sans leur consentement, ou avoir retrouvé une photo ou une vidéo où on les obligeait à faire des pratiques sexuelles .  
Nous sommes très préoccupées par l’ampleur et l’impact mental et psychologique qu’a cette cyberviolence sur ces femmes, et qui peut aller jusqu’au suicide. 
Il s’agit là d’une forme de violence complexe dans le cadre d’une relation intime et d’une violation de la vie privée.
Nous rappelons dans ce contexte, le droit à la protection des données à caractère personnel relatives à la vie privée, garanti par la constitution 
Nous appelons à la nécessité d’inscrire, dans le cadre d’une loi, un délit spécifique pour lutter contre ce type de violence qu’on appelle ‘‘revenge porn ».

 

 

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