Journal d’une dépressive

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Dormir m’empêche d’entendre que la terre est plate, d’être discriminée dans la rue, de devoir supporter la pollution sonore, de souffrir du chemin que prennent les relations humaines, de m’habiller, de me regarder dans le miroir, de parler, etc. Je donnerai ma vie pour être « la belle au bois dormant ». Alors, je ferme les yeux, que tout s’obscurcisse, pas obscure parce que mauvais, mais obscure comme un avenir qu’on ne connait pas. Et je me dis que c’est possible, que ce truc est possible, jusqu’à ce que j’y arrive vraiment. Mais c’est comme se forcer à sourire jusqu’à devenir vraiment heureux, ce n’est pas possible.

J’écris aujourd’hui car je me sens lasse, lassée, vide et vidée. Vidée, à ce moment de ma vie, ce mot prend tout son sens. Au moment où l’on perd tout : son travail, son amour, son idole, voire même le gout à la vie. En une semaine, tout. Et se dire « ainsi-soit-elle, cette âme frêle ». Je suis une morte vivante car certains n’ont pas besoin de mourir pour être considéré morts, tandis que d’autres ne meurent pas.

Alors, oui, j’ai fait des erreurs. Oui, j’ai changé d’avis. Oui, je me suis contredite. Oui, je me suis perdue, je me suis tuée, je me suis détruite. « Oui, je n’ai pas mangé quand j’avais faim, ni dormi quand j’étais fatiguée, ni couverte quand je mourrais de froid ». Je me suis rendue vulnérable. Je me suis rendue faible. Et puis comme l’OA l’a dit « je croyais que si je jetais un beau filet, je n’attendais de pêcher que de belles choses ». Tout était devenu si obscure.

Comme Duras l’avais dit en parlant de la maladie de la mort, « l’envie d’être au bord de tuer un amant, de le garder pour vous, pour vous seul, de le prendre, de le voler contre toutes les lois, contre tous les empires de la morale », je la connais. Je suis une fervente servante de ce sentiment humain. Je m’y suis dévouée malgré les intempéries et je peux vous dire qu’elles étaient violentes.

On m’a beaucoup parlé d’amour. J’ai aussi beaucoup lu. J’ai essayé de me questionner à plusieurs reprises sur la faisabilité, l’existence, les lois… Et j’ai compris qu’il était à créer et que pour cela se fasse, il fallait beaucoup de lutte, d’abord contre soi, puis pour soi, ensuite pour le couple, contre les intempéries et enfin contre le monde. C’est une guerre pour la paix mais si ce n’est pas un travail à deux, il n’y a pas de paix.

Cette semaine, en perdant cela, j’ai su que ce n’est pas la distance qui sépare les gens mais le silence. Je suis aussi une fervente servante du silence. Les femmes ont tendances à fermer les yeux, la bouche et grand ouvrir le cœur. Une femme ça ne dit pas tout. Ça parle beaucoup mais ça cache beaucoup. Se donner corps et âme à cet aventure jusqu’à se discriminer est, malheureusement, possible.

Je parle mais je ne dis jamais tout. Pourtant, je parle beaucoup. Oui, même féministe, je me discriminais moi-même. Il fallait que je fasse plus d’efforts, que je supporte plus, que je ne dise rien et que j’encaisse. J’occultais mes envies, même, les plus légitimes. Je camouflais mes peurs, cachais mes problèmes, dissimulais mes dépressions. Je faisais tout, pour tout détruire, sans le vouloir un instant. Comment ? En étant sexiste avec moi-même.

Additionné aux problèmes du quotidien extérieur comme l’argent, le boulot, l’entourage… ça éclate. C’est là qu’on éclate. A ce moment on peut enfin dire qu’on est triste, impuissant et seul. C’est ainsi que la descente se fait parce que créer un mythe est un travail plus que difficile.

J’étais glissée dans une dépression d’adolescente et je me suis ridiculisée. J’ai perdu ma confiance en moi, avant celle des gens envers moi. J’ai perdu mon envie de vivre, mes ambitions, mes rêves, pour donner place, non pas à la crainte ou la méfiance, mais la confusion. Ainsi, j’ai tout perdu.

J’en arrive à un point ou je pense que je ne sais plus où j’en suis. Ce moment où je mets en doute mes valeurs, pas en les confrontant mais en m’en échappant. Je me suis échappée, un soir, à 22 heures, de là où j’avais trouvé de la terre, parce que je n’avais pas pu confronter l’une de mes valeurs certaines, l’amour. Ainsi, tout est parti.

J’ai longtemps pensé au mécanisme de la blessure. A chaque fois, je partais vers là où ça vient de commencer. Et puis je bloquais. Je n’avançais plus. En réalité, c’était une mauvaise méthode. On ne peut pas réduire une blessure à un seul coup, car ce qui fait mal est cumulatif. Ça arrive au fil du temps. J’absorbe jour après jour, coup après coup, choc après choc et douleur après douleur. Savoir, exactement, comment j’en suis arrivée là, ne veut pas dire que je peux réparer. Je ne peux pas guérir toutes mes blessures. Et ce n’est pas grave. Du moins, je dois croire que ça ne l’est pas. De toute façon, si quelque chose semble difficile à réparer, ça ne veut pas dire que c’est cassé.

En hibernation, je n’ai plus aucun désir, aucun putain de désir. Je na sais pas de quoi ai-je besoin et ne sais pas si j’ai un, quelconque, besoin. On appelle ça le vide. Je me suis jetée dans le vide et l’obscurité m’a envahi. Pour clarifier, quand je dis « hibernation » je veux dire « dépression ». Pendant cet état dont je me suis faite prisonnière, plus que les souvenirs, les objets, eux-mêmes, portent des sens profonds. L’amour est invisible mais il est partout. La paix vous dites ? Je vous donne une belle corde. Je pourrai même l’accrocher à mes rêves.

Amal Bint Nadia

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