L’hystérie pour les nuls à chier

C’est un médecin grec, Hippocrate, qui a inventé le mot « hystérie », pour décrire une maladie déjà étudiée par les égyptiens. Le terme signifie en Grec les entrailles, la matrice ou l’utérus. Jusqu’à la fin de l’Antiquité classique, l’hystérie fut considérée comme une maladie organique, utérine. La théorie disait que l’utérus se déplaçait dans le corps entier ce qui entraîne les symptômes de l’hystérie. Platon disait que « la matrice est un animal qui désire ardemment engendrer des enfants ; lorsqu’elle reste longtemps stérile après l’époque de la puberté, elle a peine à se supporter, elle s’indigne, elle parcourt tout le corps, obstruant les issues de l’air, arrêtant la respiration, jetant le corps dans des dangers extrêmes, et occasionnant diverses maladies, jusqu’à ce que le désir et l’amour, réunissant l’homme et la femme, fassent naître un fruit et le cueillent comme sur un arbre ». Vous l’auriez deviné, le traitement, à l’époque, était le mariage pour les jeunes filles et le remariage pour les veuves.

Au Moyen Âge, pendant deux siècles, c’est le bal de la chasse aux sorcières. Les hystériques, bien sûr que des femmes, étaient considérées possédées par le diable et donc le seul traitement : l’Exorcisme. Les moins chanceuses étaient confondues avec ce qu’ils appelaient des sorcières. Durant cette période, le nombre d’hystériques qui montèrent au bûcher reste inconnu par l’histoire.  Oui, la médecine à l’époque pensait que l’hystérie était démoniaque.

Au tout début du dix-septième siècle, en 1618,  Charles Lepois, un médecin français, professeur et doyen de l’école de Médecine de l’Université de Pont-à-Mousson, a trouvé une localisation cérébrale de l’hystérie. Il a affirmé que la  théorie utérine est absurde puisque la maladie peut s’observer dans les deux sexes. Par ailleurs, en 1653, le traité de médecine de Pieter van Foreest recommandait quant à lui des massages des organes génitaux, qui par l’atteinte du «paroxysme de l’excitation» devaient guérir la malade. A cette époque aussi, on conseillait aux femmes de faire du cheval ou de la balançoire… C’est l’arrivée de l’électricité au dix-neuvième siècle qui nous a sauvé des massages avec l’invention du vibromasseur. (Si vous pensez que les femmes sont hystériques, achetez des vibromasseurs).

Et puis, ça ne s’est pas arrêté. Plus de 200 ans après, tu as Paul Briquet, un médecin français qui définit la maladie comme une « névrose de l’encéphale », qui  dénombra un cas d’hystérie masculine pour 20 cas d’hystérie féminine, qui prétend que cette affection était absente chez les religieuses et fréquentes chez les prostituées, que 25% des filles d’hystériques le devenaient elles-mêmes et que l’affection touchait les couches sociales inférieures et était plus fréquente à la campagne qu’en ville. Puis en 1886, tu as Moriz Benedikt, neurologue autrichien, qui pense que les traumatismes et la sexualité infantile peuvent être les sources de l’hystérie. Dès 1889, il utilise une psychothérapie sans hypnose pour conscientiser des souvenirs ou traumas enfouis.

Puis tu as, enfin, Charcot, neurologue français, tout en conservant l’idée d’une localisation cérébrale, promut l’idée d’une origine psychogène de l’affection en faisant apparaître et disparaître les symptômes par hypnose.  Puis, en 1888, tu as Paul Julius Möbius, neurologue allemand, qui annonce que « Sont hystériques toutes les manifestations pathologiques causées par des représentations ». Mais il fallait qu’en 1893 Freud mette son nez. Avec Breuer, ils publient leurs études où ils analysent la causalité psychotraumatique et le traitement par hypnose qui consiste à réveiller les souvenirs traumatiques enfouis, à l’origine de troubles, générant une décharge émotionnelle libératrice. Freud pense bien sûr que le traumatisme à l’origine de l’hystérie est sexuel mais Breuer n’est pas d’accord. Et puis la liste est longue.

En 1952, l’hystérie disparaît des livres de médecines. Elle laisse place à la tétanie, la spasmophilie, l’anorexie, les crises de larmes ou de nerfs… et j’en passe.  Ça n’a donc rien changé. Quand une femme est trop triste, pas heureuse, perdue, se sent seule ou a envie de rester seule, c’est toujours associé à la dépression ou à l’anxiété. Si une femme craque, s’indigne et se rebelle contre l’oppression, c’est surement de l’hystérie. Ce n’est jamais considéré comme des réactions normales aux aléas de la vie.

Aujourd’hui, on invente, encore, des maladies. Les industries pharmaceutiques ont besoin de vendre, alors ils engagent des publicitaires qui feront des médicaments de merdes des comprimées et des pilules magiques pour les ménagères débordées, les célibataires déprimées, les règles douloureuses, les maternités alliées à l’insomnie et les ménopausées irritantes.

Alors, oui les femmes sont deux fois plus souvent diagnostiquées dépressives que les hommes. Je pense que tout comme les femmes, les hommes souffrent d’une conception sociale qui les façonne. Dès leur plus jeune âge, ils savent qu’ils n’ont pas le droit de pleureur. La société impose aux hommes d’être ce dur, solitaire, viril… Ce qui valorise le contrôle émotionnel. Mais ça ne veut pas dire que s’ils ne montrent pas leurs tristesses c’est qu’ils ne le sont pas. C’est qu’une femme est plus encline à consulter un médecin qu’un homme.

Pour finir, je reviens sur le fait que les femmes sont deux fois plus souvent dépressives que les hommes et ce n’est pas qu’une question d’hormones. Selon Xavier Briffault, chercheur en sociologie et épidémiologie de la santé mentale, tout le monde et à tout âge peut être concerné par un épisode dépressif. Mais les femmes sont plus exposées, comme la dépression est liée à certains facteurs de risques : milieu familiale instable, agression sexuelle, violence physique ou morale, difficultés d’accès aux études, chômage, précarité professionnelle, dépendance financière… Plus souvent, encore à cause de l’inégalité homme-femme, les femmes sont plus exposées que les hommes à ces risques. D’où, elles seront 23 % à vivre un épisode dépressif majeur au cours de leur vie, contre 12 % des hommes.

Alors si quelqu’un me dit encore que je suis hystérique parce que selon lui je suis trop émotive, il a des choix :

  • M’exorciser
  • Me brûler vif sur un bûcher
  • Me faire un massage clitoridien
  • M’offrir un cheval ou une balançoire
  • Me castrer
  • M’acheter un vibromasseur
  • Ou la plus facile de tous, mener cette bataille ensemble, contre ce système de valeurs que nous imposent l’argents, le pouvoir par l’oppression, l’injustice, et l’inégalité.

 

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