Cuerpo

Au départ, je devais écrire sur le corps, sur sa politisation, un travail pour engager le débat. Et quand j’ai commencé à écrire, ça a donné un texte que je trouvais candide, simpliste où les références et les influences littéraires étaient quasi-absentes. Une sorte d’improvisation, d’un dialogue entre moi et moi, un dialogue enfantin, autiste, loin d’être superficiel, mais pas aussi profond que je l’aurais souhaité. Je me suis sentie nulle et je me suis même demandé s’il ne fallait pas que j’arrête de débiter mes inepties et d’arrêter d’écrire à jamais.

Puis je me suis retrouvée dans la salle de bain, un des rares endroits où tu es seule avec ton corps, ta tête, tes viscères… oui bon… ce moment d’intimité à faire surgir des souvenirs. Je me suis souvenue d’une fois où adolescente, j’essayais d’enfiler un jean, qui ne voulait pas rentrer, bloquait au niveau des hanches… ce n’était pas une histoire de régime, ce n’était pas la première fois que ça m’arrivait, c’était une histoire de formes. Je devais avoir combien ? 14 ans tout au plus. Je venais de réaliser, dépitée que mon corps était différent (quand je dis différent, je pense à mes copines de l’époque, des tailles 36, bien dans leurs peaux, bien dans leurs jeans). Et c’est là qu’il a commencé à être pesant, ce corps. Je vous avouerais que durant toute mon adolescence et même une partie de ma jeunesse, je n’ai jamais mis de pull qui s’arrêtait au niveau de la taille… tous mes pulls, mes chemises arrivaient au niveau des genoux. J’ai caché un maximum de mes rondeurs. Pourquoi ? Parce que personne ne m’a aidée, au contraire on m’a toujours fait comprendre que je devais avoir honte de mes formes. Ton corps ne se fond pas dans la masse, il ne passe pas inaperçu… !

Les «tu veux pas mettre un gilet long pour sortir ?», «tu vas sortir comme ça», «ça c’est pas une robe pour toi»…. je pourrais remplir des pages avec. Du coup, chaque fois que je me faisais harceler dans la rue, euuh pardon, chaque fois que je me faisais accompagner «gentiment» contre mon gré à l’école par un mec qui trouvait que ma poitrine étaient ceci et que mes fesses étaient cela, j’avais honte. Une honte mélangée à de la colère, mais pas moins honte pour autant. Il a fallu des années pour que la colère prenne le dessus. Et pourquoi me jugent-ils ? Pourquoi devais-je subir tout ça, les regards, les remarques, les convictions des autres, le moule dans lequel tu dois rentrer si tu ne veux pas être rejetée.

Aujourd’hui, après un bout de chemin et plusieurs histoires, il me porte plutôt bien ou c’est moi qui le porte je ne sais plus, ce corps mais… ce n’est qu’une illusion. Je suis sortie de la prison de mes stigmates, vers une plus large prison. Tu crois t’être évadée de ta détention, mais tu te rends compte que ta cellule débouche sur une cour, une grande très grande cour de prison.

Aujourd’hui, j’ai réalisé que je n’avais plus à subir aucun diktat pour exister mais j’ai aussi réalisé que cela ne suffirait pas à me débarrasser des regards culpabilisants. Des regards qui te pèsent, te soupèsent, te mesurent, qui s’indignent de ton assurance, de ton indifférence face à leur provocation.

Ce que tu penses tu peux le garder pour toi, tout le monde s’en fiche, ici, il y a des règles. Pour vivre dans la grande cour, il faut suivre les règles à la lettre, ou, subir la colère des gardiens.

Les gardiens sont ce mec qui veut donner son avis sur ton corps quand tu le croise dans la rue, c’est l’autre mec qui ralentit sa voiture quand il passe près de toi pour pouvoir te dire une quelconque méchanceté déguisée en drague et qui te traiteras de tous les noms quand tu l’ignoreras.

Les gardiens, c’est aussi cette femme qui te regarde avec haine parce que tu incarne la peste qui menace son « espèce » et qui pervertit les siens.

Les gardiens, ce sont tous ces gens qui n’ont pas compris qu’on pouvait cohabiter malgré la différence et sans être une menace les uns pour les autres.

Ce sont aussi tous ceux qui ont choisi d’être dans la violence pour dominer, pour humilier pour imposer, pour… et qui ont trouvé que dénigrer le corps d’une femme, en faire l’objet de tous les maux sur terre est une bonne stratégie. En réalité les gardiens sont les mailles du filet de tout un système.

Ton corps n’est pas ton corps c’est un temple ou un bordel, choisis ! Tu veux qu’on t’adore où tu veux être une prostituée, choisis. Je ne suis pourtant ni l’une ni l’autre… ou alors les deux, je ne veux pas choisir, foutez-moi la paix. Je veux juste vivre comme je l’entends, sans avoir à vous affronter mais si vous me cherchez…

Maintenant, je vous laisse avec le dialogue qui a précédé la salle de bain :

بدني، سفينة غارقة ساعات و ساعات تعوم فوق الماء رزين نهارات، و نهارات خفيييف يطير مع الهواء… و احنا صغار، ما كناش نفرقو، كبرنا شوية، قالولنا راكم مش كيف كيف. انت ابيض محلاك و انت اكحل الله غالب. هو طفل عندو… يكبر و يولي راجل. وانت طفلة، رد بالك.. زدنا كبرنا، زادو فرقو بيناتنا… شعرك مكشرد، شو هي محلاها، بيضة و طويلة، شعرها ارطب، مصلي عالنبيي. ناخذها لولدي كان انجم، ندفع فيها مال الدنيا… ياخي هي للبيع ؟ كل واحد و سومو… ياخي انا خايبة ؟ كل يوم تكبر، بدنك يزيد يثقل عليك. تتعارك انت و المراية، تكرهو و تكرهها. تحشم بيه… هو يثقل، و خزراتهم تزيد تحسسك قداشو رزيييييبن، قداش هو حبس ليك… بش تخرج لابشة هكة ؟ علاش ؟ شبيه صدري ؟ شبيني.. جلدتي كان نلقى نسيرها، سيور سيور لحمي نفرمو، نحرقني و نرتاح من عينيهم و مالحبس الي محصورة فيه، من بدني. نحرقو و نطير، نجنح. نجي لروحك نبوسها، و نعلي… ماعاد عندي ما يشدني. حد ما عاد يخزرلي و لا يحكم عليا. حد ما عاد يناقش فيا كي الشقف من غير سلعة… نكرههم..

Une ombre passe devant le miroir… Un corps la suit Deux grands yeux qui scrutent le vide… Je passe une main dans mes cheveux, ensuite l’autre… L’une reste accrochée à ma tête, l’autre glisse… Mon cou, il porte ma tête comme il peut. Ce n’est pas tous les jours facile. Elle glisse encore… Deux seins qui pointent comme une arme vers le monde… et vers les yeux arrogants, avides et affamés de ses prédateurs:approche petit con, tu le ferais si tu pouvais, hein ! Mon ventre…puis, l’origine du monde, pas Mon monde… quel monde est sorti de là ? Celui là même qui se referme sur moi comme un piège, qui m’étouffe, me culpabilise, m’utilise pour justifier sa cruauté… jamais tu n’aurais du enfanter ! Mes cuisses, mes pieds, des imperfections que j’ai appris à tolérer depuis qu’on s’est réconcilié… mon corps et moi

رجعت… درت، درت و رجعت ما عنا كان بعضنا انا و انت، تهزني و نهزك… با بدني شقف و سلعة… انا وانت كهو، هوما فرايجية زعمة يعملولنا صنبة انا

وياك، انا و انا ؟ كان يعرفو قداش حاربنا، قداش حررنا, قداش اتفاوضنا و صححنا وثايق، و اعلنا من هدنة قداش من استقلال جبنا، و من ماتش ربحنا كان يعرفو، تو يحطولنا صنبة في الشارع لا شاشية اسطمبولي، لا شوالق سادة، كيما نهار الي تخلقنا… نكره الصنب، نكرههم نكرههم كيما نكره عركاتنا الي خسرناهم… و نحبك

 

Un texte de Hajer Boujemaa

Skindeep de Julien Palast

Skindeep de Julien Palast

 


Ce texte a été écrit dans le cadre de l’atelier EcriLecture de Chaml sous le thème du corps. L’idée est de faire parler des femmes, chaque mois, sur un sujet différent. Elles pourront dire ce qu’elles pensent sans que quiconque ne les représente.


ecrilecture avril 2

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