Moi, je suis un tas de merde de monde (Partie 4)

Avant de commencer, dans ce texte (bcp de partie et celle-ci est la quatrième) je vais me permettre les erreurs d’otho et de machin du monde, sans correction. Une envie de râler ce que je suis « une merde » que j’apprécie d’être.

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Moi ! Mon nom est (Je ne sais quoi) mais on m’appelle souvent Nadia ou Amal Bint Nadia.

Née, en un mois glaciale d’une année, peu ordinaire, d’un pays où « liberté du deuxième sexe » est dites et n’existe qu’en apparence, on me décrit comme légère. Une appellation qu’on m’attribue avec indulgence. Je suis le fruit de je ne sais quel mélange. Et si, je suis spéciale, c’est que je n’aime jamais légèrement autant que je le suis. Légère !

Petite gâtée, grande je voulais le rester. Je suis l’enfant brillant en danse de coincées du cul qu’à l’école. Celle qui n’a pas droit à l’erreur et j’ai assuré.

Je suis la salope de mauvaise pro génitrice…

Moi qui t’a tuée jugeant que ton père n’était pas assez homme, alors que je t’ai conçu avec toute ma volonté et ma négligence (que je devrais assumer) ; je t’ai quand même, comme une conne, adressée la parole.

J’avais longuement hésité avant de t’écrire cette lettre. Ai-je le droit de te dire ce que tu pourrais vivre et ce que tu ne devrais pas ? Ai-je le droit de te dessiner sur un bout de papier, ce que j’ai pu traverser, escalader ..? A quel point ai-je pu ramper, tomber, me casser, m’éparpiller, m’égarer ..? A quel point ai-je pu aimer, être heurtée par cette vague d’émotions qui s’agrippe à ton petit cœur, le démembre, lui inflige les oscillations les plus aiguës, et le fracasse par la suite ..?

Ma fille, mon beau petit ange ! Sais-tu que dans toutes les branches de l’humanité nous sommes incompris par la grande majorité des individus ? Sais-tu que l’amour en est une branche ? Sais-tu que les gens se marient pour les mauvaises raisons, font des enfants pour les mauvaises raisons, s’accouplent pour les mauvaises raisons… Et que de la vient la séparation ?

Ma fille ! Aimer quelqu’un, ce n’est pas tout apprécier de lui, ou se calquer sur lui, ou vivre constamment en sa présence. Aimer quelqu’un c’est ;

se donner à se partage, sans s’oublier !
jouir dans cette chamaillerie, sans l’alimenter !
sentir le manque dans son absence, sans en mourir !
voir d’un œil différent pour se croiser dans un point quelconque, sans fermer les yeux !
se perdre dans les silences, sans se taire !
se donner pour le faire avancer, sans stagner !
le laisser trébucher pour le consoler, sans en abuser !
le pousser à avancer, sans reculer !
se cacher derrière lui, sans s’enterrer !
lui donner son droit à la liberté absolue, et prendre le tien !
avoir la joie de le féliciter pour ses réussites et de panser ses échecs… qui sont aussi les tiens !

L’amour, mon enfant, ce n’est pas de concourir à son propre bien-être et à son bonheur ni de se forger des illusions que la brutalité de l’existence et de la réalité s’empresseront de détruire. Ce qui en résulte n’est que p pénible. La lutte pour la vie ne se nourrit pas de chimère.

Mon amour, s’il t’arrive de te lasser de la vie et que le chemin vers tes objectifs te paraît long, ou si en route tu as l’impression que tu ne te diriges plus vers ce que tu veux vraiment… résiste et persiste. Peu importe ce qu’on te dira entre temps, et ne croit surtout pas que parce que tu es une femme en devenir, que tes droits sont minimes devant ceux dont jouissent les autres.

La vie peut sembler absurde, pleine de déceptions. Les gens peuvent mal te comprendre ou ne pas le faire tout court. Le système dans lequel nous vivons pourrait t’opprimer, te délaisser, te sembler injuste… Ne cherche pas trop à comprendre le pourquoi mais cherche à recréer tes modes de fonctionnement régis par tes propres principes et fais-toi plus forte pour recommencer.

Mon trésor, ne cherche jamais à freiner ton cœur. Le cœur d’une femme n’a souvent pas de limites et est loin d’être raisonnable quand il est libre. Laisse-le donc fonctionner à sa façon. Tu tomberas debout dans tes chutes, et tu n’en mourras pas. Regarde-moi !

Et si certains éprouvent de la pitié pour toi quand tu trébuches, te reprochent ton sens développé pour aimer passionnément sans justification, s’ils sont déçus ou irrités… ne te révolte pas et ne demande rien en retour pour ce que tu es.

Aimer à la folie pour trouver ma raison est mon mot d’ordre. Tu peux être tendre et pure mais à la fois forte et sage, sans jamais fermer ton cœur.

Sais-tu ma fille, que même dans la misère, on peut vivre les plus grandes richesses qui puissent exister. Ne pense jamais qu’étant pauvre, tu as le droit de ne pas achever tes rêves. Ne sois jamais esclave de tes humeurs, ni de la réalité du monde atroce qui pourrait t’entourer.

Le temps t’apprendra à respecter la mort des liens entre les humains. Ça t’impactera, toi ma fille qui porteras la sensibilité sur ton être et qui la refléteras par ton regard, tout comme moi. 
Le temps t’apprendra à panser tes blessures mais ne jamais les oublier, ce qui fera que tu sois encore plus forte pour aimer plus fortement sans recommencer les mêmes erreurs du passé.
Le temps t’apprendra à ne plus haïr même trahie par ceux que tu as pu aimer sans fin. Tu sauras que parfois, il faut laisser l’autre partir même par amour.
Le temps t’apprendra à tout donner sans perdre le nord. Tu sauras comment être ce qu’il veut que tu sois, parce que c’est ce que tu veux être et pas par soumission.
Le temps t’apprendra à vivre ton monde, celui que tu as façonné dans ton esprit, pierre par pierre, à la longueur des années qui font ton âge, et ce sans donner attention aux freins de la vie, causés par le genre humain, que ça soit par jalousie, méchanceté, ou gratuitement…
Le temps t’apprendra que la beauté fane, qu’elle ne dure jamais assez. Tu feras donc de ton caractère, l’essence même de ta beauté, sans tout dire ni te dévoiler entière.
Si tout se passe bien, ta maison ressemblera à la mienne. La porte ouverte mais que pour les gens vrais. Ceux avec qui tu ne te sentiras jamais destituée, discréditée, menacée, agressée, soumise, détestée… Ceux avec qui tu affronteras le temps sans t’écrouler face à la solitude ou à l’hypocrisie sociale qui colorie notre monde.
Le temps t’apprendra à assumer ton cœur, ta beauté et ton âme, même quand d’autres se tueront à te faire douter. Tu te découvriras, te construiras dans l’amour que tu sèmeras.

Ma fille, le jour où tu trouveras que j’ai vieilli, aie de la patience envers moi. Et si je commence à te raconter les mêmes choses un million de fois, aie la gentillesse de me laisser finir. Souviens-toi qu’étant petite, tu adorais que je te raconte les mêmes histoires chaque soir, encore et encore.

Ma belle, si l’espoir fait vivre, ne le perd jamais et sache que moi, même immobile, sans mémoire, à demi morte… je serai là pour te tenir la main jusqu’à la fin des temps. Je serai là pour te voir, « cette femme » que j’ai tant chérie, passionnément aimée… Celle qui me fait encore vivre. Le seul cadeau que la vie ait pu me donner.

(Vous vous en doutez ? je n’ai jamais eu cet enfant que j’ai regretté et que je regretterai éternellement. Cet enfant dont je ne peux, et à ce jour, toujours pas en parler).

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