Moi, je suis un tas de merde de monde (Partie 3)

Avant de commencer, dans ce texte (bcp de partie et celle-ci est la troisième) je vais me permettre les erreurs d’otho et de machin du monde, sans correction. Une envie de râler ce que je suis « une merde » que j’apprécie d’être.

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Moi ! Mon nom est (Je ne sais quoi) mais on m’appelle souvent Nadia ou Amal Bint Nadia.

Née, en un mois glaciale d’une année, peu ordinaire, d’un pays où « liberté du deuxième sexe » est dites et n’existe qu’en apparence, on me décrit comme légère. Une appellation qu’on m’attribue avec indulgence. Je suis le fruit de je ne sais quel mélange. Et si, je suis spéciale, c’est que je n’aime jamais légèrement autant que je le suis. Légère !

Petite gâtée, grande je voulais le rester. Je suis l’enfant brillant en danse de coincées du cul qu’à l’école. Celle qui n’a pas droit à l’erreur et j’ai assuré.

Je suis l’ex-femme-battue…

A toi mon violenteur, toi que j’ai longuement aimé…

A toi… mon autre.
Engloutie par le malheur et la culpabilité, je t’écris cette lettre pour te dire que je vais reconstruire ma vie et pas en t’oubliant. Oui, j’ai décidé de reprendre goût à la vie avec ton souvenir au plus profond de mon âme.
Mon autre… Toi avec qui j’ai partagé la souffrance autant que le bonheur. Toi grâce à qui j’ai frôlé ce que je n’aurais jamais imaginé vivre. Toi pour qui j’ai porté le plus noble des fruits qu’une femme puisse donner. Toi en qui je n’ai jamais cessé de croire avec dévotion, loyauté et soumission.
Je me souviendrai de tes gifles, les coups de pieds sur le dos et moi à quatre pattes, la face écrasée contre la céramique des toilettes ; je me souviendrai du beurre noir sur les yeux, des insultes, de tes mains autour de mon cou, du souffle que j’ai perdu quand tu m’as soulevée du plancher, du long sifflement qui a envahi mes oreilles après que j’aie perdu connaissance, du poids de ma tête à mon réveil après avoir passé la soirée à pleurer, des empreintes que ton poing a dessiné sur mon visage, de toi en train de me traîner par les cheveux…
Je ne t’en veux pas mais alors là, pas du tout, de m’avoir battue ou humiliée… j’ai trop de compassion pour faire ça. Je t’en veux pour ce que tu as essayé de me laisser imaginer en prenant soin de moi, deux ou trois jours après l’incident , pour t’en lacer après comme si ce n’était que mon dégât. Je t’éclaire, c’est le tien. C’est toi qui devrais avoir honte, parce que c’est toi qui nous as humiliés.
Quand tu es une femme normale, tu souris pour sourire, pas besoin de raison pour sourire, tu peux sourire à pleine bouche. Mais quand tu es mal traitée, tu souris pour rassurer. Tu souris pour camoufler. Je souriais pour que tu ne te sente pas mal en me voyant comme tu m’as rendue. Et pourtant, ça me faisait mal, parce que ma lèvre était fendue de l’extérieur, après avoir embrassé ton poing dans ma mâchoire et de l’intérieur, après avoir embrassé mes propres dents, pour encaisser le choc de ton « amour ».
L’amour. Cette stupide maladie hostile.
Un jour, après que tu m’aies ruée de coups, je me suis soulevé pour essayer de nettoyer ta maison, pour préparer à manger, pour ton bien être… Pas pour le mien que tu venais d’ensanglanter.
Quand tu es une femme battue, à chaque fois tu te dis que c’est la dernière fois. Et tu te crois, parce que tu es conne. Mais tu sais que c’est faux, parce que dans le fond, tu n’es pas conne. Quand tu es une femme battue, tu sais que tu n’as pas de fin heureuse, ni de pause, juste des courts moments de répit qui marquent une séparation entre deux sessions de toi qui se fracasse. Quand tu es une femme battue, cher ami qui m’a battue, tu es consciente de ta fragilité. Quand tu es une femme battue, ton instinct de survie est souvent éteint, feint.
Le déclic, dans le jargon des femmes battues, c’est la fraction de seconde durant laquelle il n’y rien qui se passe et pourtant tu es certaine que tu t’apprêtes à en avoir une. Tu n’as même pas besoin de croiser ton regard pour le comprendre, il suffit juste que tu schématises ta peur. Puis d’ailleurs, heureusement que je n’ai pas besoin de mes yeux pour le voir, surtout que tu ne m’en as laissé qu’un seul.

Quand tu es une femme « normale », tu te tiens avec d’autres femmes « normales » et vous vous échangez des potins. Quand tu es une femme battue, tu ne te tiens plus.
Quand tu es une femme battue, le genre de connerie que tu peux te sortir pour te détendre c’est style « Bats ta femme : si tu sais pas pourquoi, elle, elle le sait ». Ça ne me fait pas rire, ça me coupe juste les cuisses en jambons.

Quand tu es une femme battue, il n’est jamais simple de prendre ses choses et partir. Pourtant il le faut,  si parmi vous existent des femmes victimes de violence, prenez vos choses et partez, aujourd’hui, avant de finir dans une tombe. Il aura beau vous dire que c’est la dernière fois, mais avec lui, on ne peut jamais croire que ça pourrait être la dernière fois.
J’aurais voulu partir plutôt cher ami qui m’a battue. J’aurais voulu partir avec ma vie avant que tu ne l’esquinte plus et sans remords. Mais là c’est trop tard, tu es mort et aujourd’hui je t’écris.
Aujourd’hui mon ami, je suis une ex-femme battue et c’est le 15 ème jour du reste de ma vie.
Moi qui t’ai aimé sincèrement..

Vas te faire foutre.

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