Tes heures volées

Nouvelle 

Tout ce que l’on aime devient une fiction. Une fiction que nous prenons soin de dresser sur un papier, entre les lignes d’un poème, émanant des fissures d’un cœur dont le seul stimulant serait ses heures volées.

Je me remémore nos nuits volées, ses regards, nos discussions à sens inverses, ses caresses, ses baisers, nos mouvements, la sueur et je tremble. Je me remémore et je devais oublier et reprendre ma vie. Mais je me remémore.

Je me remémore chaque instant d’une vie à ses côtés, contre lui, avec lui et sans lui. Je me  remémore chaque larme et chaque sourire, chaque coup et chaque orgasme. De lui, je n’ai rien pu oublier.

Poire avait la coutume de me demander pourquoi je ne le haïssais pas. Je lui jetais un regard entendu et je riais. Il savait que je le voulais pour moi seule et que je savais que c’était impossible mais il continue à être à moi dans le mensonge. Je le sais mais j’ignore.

Avec lui, c’est prendre du plaisir en apprenant à ne rien demander en retour, ni exclusivité, ni fidélité, ni amour, ni loyauté, ni un quelconque type d’engagement de sa part comme pour  garder l’horizon, les yeux et la braguette fermée. Mon cœur, je lui avais donné le droit de vivre sans contours ni limite avec cet homme.

Je me remémore à présent et je n’essaye plus d’oublier. Je n’ai plus peur de m’en rappeler. Avec lui, je vivais cette passion soudaine et l’envie d’en transcrire chaque sensation, chaque moment, chaque tentation, chaque orgasme, chaque dispute, chaque larme… me taraude. Je veux décrire mes sentiments, mes sentiments si nobles, mes frissons, ce qu’il était pour moi, ce que j’étais pour lui, mais je ne sais toujours pas. Alors je prends mon encrier, dans le silence solennel de ma perte,  je tais mon silence que je trouvais pesant, moi qui avait trop souvent adoré crier fort, portant si bien le chromosome du « gentiment je t’emmerde ».

Je ne vivais que pour ses yeux et je n’entendais que ses mots. Certains disaient que ce n’était pas une vie ce que j’entreprenais mais j’appréciais. Je n’avais rien mais je savais que son cœur était à moi, uniquement à moi et seulement à moi. Ça me suffisait.

C’était profond. Je m’ouvrais à lui par mes 5 sens. Je le dévorais du regard. Il parlait et j’aimais qu’il le fasse. Il attisaient mon désir mais modérait très mal la cadence de mes mouvements lorsque j’étais au bord du fond. C’est de la torture.

Entre ma quête de plaisir et ma volonté de freiner mes sentiments, cette contraction de son cœur entre mes jambes, « le spasme », ce moment, quand l’obscurité s’accentue au fond de moi et que je inerte, ainsi à la même position, l’âme abattue…

A ce moment-là, j’étoufferai mon visage dans l’oreiller comme pour taire mes gémissements et sécher mes larmes. Je fuirai ses regards pour m’empêcher de réfléchir. Je lui appartiendrai d’une façon ou d’une autre. Et il m’attirera de plus en plus vers lui.

J’aimais son odeur et je voulais que cette odeur me remplisse la poitrine et tous les pores. Et si je pouvais en voler ?

Mon visage après l’amour, mes yeux, mon corps déchiqueté, mes cheveux défaits, les mots qui crépitent dans mon cœur et les histoires que dessine mon cerveau…

Suis-je la maîtresse d’un homme dont je ne peux rien espérer ?  Suis-je la maîtresse de l’homme dont je ne veux que ses heures volées, qu’il me prenne dans ses bras d’homme tendre en secret ? Je ne suis jamais allée plus loin dans mes pensées, par peur.  Mais a-t-il réanimé mon cœur aux multiples fractures ? Ces répliques venaient à moi comme des pirouettes et en guettant sur mon visage, l’impact de ses propos à lui, on n’y voyait que de l’insatiabilité.

Son visage, ses faits et gestes, le timbre de sa voix… Lui. Sans réfléchir je m’abandonnais sur lui tel de la glace sur le feu. Dans ses bras, enfouie entre ses membres, au creux de son lit, ouverte à la bonne page, chapitre en feu. Je n’eus à aucun moment l’une de ses pensées perverses que je pouvais pourtant très aisément dégager. Rien ne pouvait me faire plus joyeuse que son odeur que je reniflais avec timidité, sa peau à laquelle je me frottais, son visage que je contemplais hâtivement, son cœur que je pénétrais égoïstement…

Quand il était là, tout disparaissait. Mes regrets et mes espérances, mon devoir envers moi-même, ma dignité, les notions qui régissaient mes relations avec les humains qui me rendaient si fière…

Il n’y avait que nous dans ce monde, rien que cet instant, seule cette circonstance, uniquement cette lueur d’espoir transcrite dans le récit de ce désespoir lugubre que je porte si bien et ce malgré mon nom.

Aucune absolument, aucune n’envie de m’en séparer. Aucun absolument, aucun obstacle n’était autorisé à briser ce moment. Pourtant, une question demeurait en suspens : Qu’ai-je fait pour moi même ?

Moi, mon jeu est simple : je ne mâche pas mes mots, mes idées et surtout celles qui dérangent. Je les crache. Mon jeu est de lancer ces mots pour observer l’effet qu’ils ont sur ceux qui m’écoutent. Je ne tais que mes actes. Parler est dangereux , là où règnent dissimulation et soumissions. Le danger m’inspire, je le respire, il me fait vivre.

Je ne lui évite donc aucunes de mes plus érotiques émotions, les stimulations cérébrales orgasmiques, les battements enragés de mon cœur, l’anarchie de mes sentiments perdues, ma nature allumeuse sourde et dévastatrice.

Mon imagination dessine ce moment auquel il me rejoindra au lit. Sur le ventre, le dos arqué, appuyée  sur les avant-bras… Lui derrière moi et ses mains qui m’effleurent, dans une fusion à travers laquelle nous nous croiserons sous des angles différents. Et lui qui m’attire ; et moi qui ne m’attarde pas pour aller à sa rencontre, le sentir d’avantage en moi.

Tout vient par un regard, le point de rencontre, une lueur, un sentiment secret, bien caché. L’essentiel est mon désir, mon propre désir, mon désir si rare. J’essayerai de m’en convaincre dans mon silence.

L’amour j’en ai peur, peur de ne pas l’avoir en retour alors je m’en préserve tant que je ne le vois pas. Le désir au moins, je le sens, touche, vois et guide.

Ce texte n’est qu’illusoire. Est-ce vrai ? Avais-je rêvé ? Avais-je cru en ce qu’il n’y avait pas ? Ai-je créé son personnage pour me prouver que mon cœur est vivant ? Suis-je devenue faible ou le suis-je vraiment ?.. Je me posais plein de questions pour ne répondre à aucune. Il envahissait mon cœur. Mais mes pensais partent petit à petit vers lui. Je devrai tirer ça au clair. Sa présence était tellement complète, qu’elle m’imposait des réponses.

J’ai besoin de tendresse, d’écoute, de passion, de présence. J’ai aussi besoin d’exclusivité.

Comment lui dire que je ne veux que quelques heures, comment lui expliquer que l’illettrée en amour voudrait le voir définir une fiction, dans le creux de son lit, un encrier à la main pour tracer un long commun chemin sur mon corps tout nu.

Puis, il finit par éteindre le feu qui crépitait en moi et plus encore après qu’il soit parti. Etait-ce le prix de l’initiation ? Etait-ce le prix de l’éveil à la vie ? Etait-ce le prix à payer pour la marche au chemin vers la sexualité ?

Quand il est parti, quand je l’ai chassé, je suis restée désemparée en état de perte, de manque, de douleur, de mort. Il était mon monde et je devais poursuivre ma vie ainsi.

Lorsqu’il est parti, j’ai souhaité sa mort. Je me suis fabriquée un cercueil que j’ai caché dans mon cœur pour me protéger, en mourant. Avec lui je pouvais facilement cacher ma vie précédente, sans lui ça devenait dur car ma vie changeait en non-vie. J’étais une morte-vivante. J’évoluais dans ma vie sans vie.

Je me réveille, je m’endors, je souris, je parle, je ris, je travaille, je voyage, j’écoute, je rencontre, j’accomplis tous mes devoirs, je mens, je dissimule, je dédouble, je commande les mouvements.

Dans la journée le moi-lui criait sa douleur, seul, loin de moi. Le soir, j’espérais le retrouver au lit, pour que nous y fassions, comme à notre habitude, la paix. Nous étions unis dans la perte, et le temps a anesthésié ma douleur.

11/5/ 2014

Amal Bint Nadia

Nu au miroir (Jean François Jonvelle)
Nu au miroir (Jean François Jonvelle)
Publicités

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s