Vous dites Miracles ? Pas maintenant !

Nouvelle 

 

Je suis Dérisoire EnLarme. Mon prénom c’est pour vous expliquer que je suis dans une spirale dérisoire et que je m’y suis donnée pour m’y perdre. Mon nom, c’est pour vous dire que je suis prédestinée aux larmes.
D’ailleurs, je crois qu’une femme sans amour c’est comme une mer sans eaux. Ça n’a aucune utilité, aucune importance, aucune vie, aucun goût ! Nom d’un chien !

L’envie soudaine d’avoir ce sentiment étrange d’être en harmonie avec soi-même me taraude. Tout serait parfait en cet instant…

Rater sa vie est un droit. Essayer de faire autrement est un devoir. Vivre en paix avec le monde est une pure fiction. Rêver en restant cette femme que je suis est illusoire. Aimer est un droit inaliénable, directement attaché à ma personne en raison même de ce que je suis. Se laisser se dépérir ça peut aussi être une liberté fondamentalement affective.

La vie ce n’est pas me donner mon plat préféré sans sel sur un plateau d’or. Moi je préfère me cogner à la vie en attendant de succomber à la mort parce que la chance, on l’attend trop et elle passe à toute allure. Je refuse que ma vie soit cette interminable répétition d’une finalité qui n’aura peut-être jamais lieu. Si je laisse passer cette chance, avec le temps, mon cœur deviendra sec et encore plus cassant que mon squelette.

Il est vrai que Poire est loin d’être le meilleur et n’est exceptionnel que parce que Dérision l’a fait ainsi, parce qu’elle l’aime sincèrement en l’exprimant mal. Elle aime sa façon de saisir les individus comme si ils n’étaient que des objets.

Il m’arrive de me perdre dans les discussions de mes amis et de m’égarer dans l’enchaînement de leurs histoires que j’adore partagé avec eux. Eux qui seront incontestablement là pour moi jusqu’à ce que ma dérision mortelle nous sépare.

Vous savez, si j’ai l’air un peu à côté de la plaque ou parfois même beaucoup, c’est peut-être parce que je suis en train de penser à quelqu’un que j’ai croisé ailleurs. Parfois je préfère imaginer une relation avec quelqu’un d’absent. Mais ça ne veut pas dire que je n’aime pas en avoir avec ceux qui sont présent ! Au contraire, je me mets en quatre pour arranger les machins chouettes de la vie des autres pour égarer les miens. Mais qui va s’en occuper ? En attendant, mieux me semble de m’occuper des autres que d’une intra-extravertie.

En règle générale plus je suis passionnée, moins je suis structurée mentalement….

Et paff… Dans un soir qui hésitait à mi-chemin entre été et automne, le froid du temps qu’il fait dans mon univers était même arrivé à me flétrir, jusqu’à ce que je cède et succombe à la chaleur de mon extrême chagrin, dans cette rue déserte qu’est ma vie.

Dévastée, je recueille sous les fenêtres de mes paupières accablées de mélancolie, les témoignages silencieux en réponse à mon deuil, cette insurmontable douleur de me sentir désormais orpheline. Cet étrange sentiment d’un destin dépossédé de soi, sensible au charme des petites choses de mon monde brisé par le tourbillon des détresses humaines ; à 25 ans, « Dérision »,  en l’occurrence moi, laissa son existence déjà mise en cause, dans les foulées du mal de vivre qui souffle dans le monde.

Dans un bain de regret, je m’asphyxie de honte, de ne pas avoir pu être meilleure en donnant à « Poire » cette bouffée d’air que j’étais parvenue pourtant, à insuffler à tant d’autres. « Poire », je lui avais bouffé sa solitude, pour m’égarer dans l’autodestruction tout en amplifiant de jour en jour mon amour envers lui. Envers nous.

Dans la désillusion totale, seules les fenêtres savent me rapatrier après ce voyage loin de la terre dans un songe sans cesse pour créer seule, là où nous attendons toujours des réalisations qui ne se matérialisent jamais et dont les illusions s’envolent avec la même rapidité lors de laquelle, elles ont été conçues. Faute de moyens, de liberté et de possibilité, le silence se réduit sur les ailes de la colombe. Je m’efface en écoutant la mélodie venant du large d’un désert noir. La vie n’est jamais aussi mauvaise que l’on prévoit. Elle s’obstine souvent à faire mieux dans le pire. Je ne prévois donc plus.

Cette fois je suis sobre, l’a-t-on remarqué. Cette fois je suis déterminée, j’en suis convaincue. Cette fois c’est la fin de la perte, je suis décidée. Cette fois je sais que je crois aux miracles mais surement pas maintenant.

Amal Bint Nadia

 

"Amal", une oeuvre de Mohamed Ghassen Taille : 60cmx25cmx15cm Matière : resine.2014
« Amal », une oeuvre de Mohamed Ghassen
Taille : 60cmx25cmx15cm
Matière : resine.2014
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