Maintenant, tu devrais te rhabiller. Et partir !

Nouvelle

La forme attire. Le fond retient. L’attachement empoisonne. La curiosité tue. La dépendance achève.
Un an, une longue et pénible année s’est déjà écoulée. Etranglée, pas un moment d’espoir, elle se retrouve encore et encore entre le marteau et l’enclume, fracassée dans le désespoir total. Elle était passée par des moments de shoot et d’abstinence maintes fois. En 6 mois, elle arrivait à simuler l’orgasme qu’elle pouvait dégager de ces moments.

Depuis qu’elle l’a connu, ses pensées vont souvent à lui. Elle ne peut désirer un homme sans penser à lui… Chaque jour quelque chose lui rappelle, lui… Sa présence pourrait être presque entière au point de lui imposer une réponse. Elle était prise de vertige. Elle ne veut pas le perdre mais ce qui est plus important c’est qu’elle ne veut plus se perdre.
Au moment où son cercueil était enfin prêt pour la terre humide, son souvenir revint s’abattre sur elle comme un poignard et elle s’y abandonne, usée, démembrée, fragile… dans ses bras, enfouie entre ses membres, au creux de son lit, ouverte à la bonne page, chapitre en feu…
Elle n’eut à aucun moment l’une de ces pensées perverses qu’elle pouvait pourtant très aisément dégager. Cette odeur qu’elle reniflait avec timidité, cette peau à laquelle elle se frottait à travers la glace qui séparait leurs deux mondes, ce visage qu’elle contemplait hâtivement, son cœur à elle qu’elle torturait égoïstement… Dans un laps de temps, tout avait disparu : ses regrets et espérances, son devoir  de  fidélité, les notions qui régissaient ses relations avec les humains qui la rendaient si fière… Tout n’avait plus de sens, sauf cet instant.
Il n’y avait qu’eux, deux, dans ce monde. Rien que cet instant. Seule cette circonstance .Uniquement cette lueur d’indifférence transcrite dans le récit de ce désespoir lugubre qu’elle porte si bien, et ce malgré son nom. Seule avec cette euphorie indescriptible qu’elle n’arrivait pas à lui retranscrire malgré ses innombrables efforts, elle avait compris qu’il était temps de se rhabiller et partir. Un point de non-retour. Une chaussée coupée. Une route sans fin.

A chaque fois qu’elle devait mettre un point final à cette pseudo relation, elle prenait soin de se casser la figure, avec toute dignité et confiance. Auparavant, elle jouissait d’un don, qu’est celui d’avoir la facilité d’étrangler ses peines. Avec lui , ce n’était jamais évident, et rien ne l’était d’ailleurs. Cette énième fois doit être la bonne et elle le sera.

La tête levée, le torse bombé, aussi stupide qu’elle puisse être, aussi naïve qu’elle puisse ne pas vouloir être mais qu’elle est, elle ferme le livre qu’elle est, étant avec lui. Elle doit quitter et comme toujours, son amour-propre la guidera. Elle ne va donc pas s’égarer dans nos vies. Elle sera comment tirer les cordes. Elle sera mener la danse, la sienne. Elle sera vivre ses rêves. Elle ne le vivra plus. Elle avait besoin de se découvrir à travers lui et l’a fait. Elle a découvert le moi-elle qui nous a achevés. Le moi-elle qui remplissait nos histoires de détails croyant que notre vie serait plus intéressante, plus jouissive.
Cette fois, elle souffrira pour moi, avec la conviction que c’est la bonne cause. Si je suis dévastée, déprimée, usée… C’est que dans un sens, je suis en excellente santé mentale. Elle pourrait donc, presque en être heureuse.

Aujourd’hui j’ai finalement compris ce qui peut être pire que de ne pas être aimée par celui que tu aimes le plus au monde. En fait, c’est de savoir intimement que même si cette personne t’aime, vous ne pourriez jamais mais alors là jamais être ensemble. C’est là que tu es certaine que tu ne peux plus essayer, attendre, espérer. C’est là que tu comprends que deux planètes ne peuvent pas se croiser sur une même ligne sans se heurter.
Je continuerai à aimer de loin parce que j’aime rarement et si je le fais, c’est pour la vie. J’écrirai tout ce qu’elle aurait pu ou voulu vivre avec lui. Il sera une forme d’étincelante étoile dans son sombre univers, une alliance entre une étoile filante et celle du nord. Ainsi, nous pourrions vivre heureux, surtout séparé.

Je ne suis même plus triste, mais mon réveil de ce sommeil profond, m’a fait voir à quel point je suis heureuse d’avoir pu vivre ce que j’ai vécu durant cette dernière année à travers elle et avec lui. En les croisant de nouveau, j’ai enfin pu comprendre que cette année m’a complètement changé la vie. Je m’y suis réconciliée avec la tristesse qui a toujours dessiné mon regard et je n’ai plus à avoir peur de la solitude qui m’a toujours tiraillée. Je n’ai aucune honte à crier haut et fort mon amour passionnel. Et le vide ne me frustre plus.

Maintenant je peux dormir pour rêver ce que je vais écrire de lui, de nous, avec ce pincement de cœur que je sentirai à chacun de mes instants qui pensera à lui, à elle, à nous.

Amal Bint Nadia

 

By Jeanloup Sieff

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