Ni PUTE, Ni SOUMISE… Et pourtant !

Ce texte est un hommage à ceux qui ont témoigné et qui n’ont pas témoigné pour moi. Il est dédié à toutes les femmes du monde, celles qui sont victimes de violence, et surtout celles qui ne le sont pas, parce qu’aucun n’est à l’abri même pas les hommes.

 

Elle avait de lourdes années sur le dos, un jolie visage, fine et assez intelligent. C’était le genre de fille à qui devait être destiné le pouvoir de jouir des plaisirs de la vie.
Éternelle amoureuse, dans un monde qu’elle s’était autorisée à créer, cette petite dame, grande en devenir, au cœur tendrement stupide et à l’âme librement légère, s’abandonnait avec aisance à l’indélicatesse de la vie.

Ni maquereaux, ni maîtres… affranchie, défaite de l’emprise culturelle, adepte de la loi du contre-courant portant si bien le chromosome de « je passe à autre chose », comme une jeune femme librement insoumise, on lui réservait beaucoup d’admiration pour sa bravoure, sa loyauté, son courage et surtout sa scintillante beauté. Et pourtant…

Dans un tournant très courant, elle se retrouvera otage du fouet mâle.
L’amour n’est parfois, tellement pas raisonnable, que la raison, elle-même, ne le comprendra pas.

Ils n’étaient pas mariés, et avec du recul, ils n’étaient rien d’ailleurs, mais elle lui portait en elle tellement d’amour, qu’elle avait oublié de s’aimer au passage. Dans un sens, ils vécurent heureux, jusqu’à chaque preuve du contraire.

Il était beau, bon, tendre mais léger, irresponsable et influençable.
Son sens de la responsabilité, devait faire au moins un million d’oscillations par heure. Comme l’écrasante majorité de nos concitoyens, de nos politiciens, de nos militants et de nos intellectuels, de gauche comme de droite… il s’autoproclamait progressiste, ouvert, presque féministe.

Sous ses airs enjôleurs de bon jeune homme, se cachait un homme terriblement violent, sans véritable ambition, sans estime de soi ou de ce qu’il vaut, manquant de confiance en lui et donc en elle… et il lui fera vivre une descente aux enfers dans ce qu’on nommera « amour », cette illusion morbide.

Insultée, humiliée, chassée, battue, cette pleurnicheuse a cru plusieurs fois succomber, de tristesse d’abord et de douleur ensuite. Honte… pas la moindre mais plus de pitié pour un homme auquel elle attribuera beaucoup d’interrogations. De mauvaise ou de bonne humeur, elle a souvent fait son bouc émissaire. Elle ne fait jamais les choses correctement.

Mais elle gardait toujours l’espoir qu’elle pourrait le guérir un jour, en l’aimant à chaque moment encore plus. Avait-elle tort de croire pouvoir le faire raisonner ? Avait-elle tort de croire en lui ? Avait-elle tort de vouloir le sortir du cercle démon ? A cette époque, ces questions n’avaient pas lieu d’être. Elle était presque toujours d’accord par peur d’avorter leur projet, son projet. Mais en fin de compte, elle se débrouille, de manière involontaire, pour faire rater le projet.

Mais cette future mère, décida de sauver l’avenir de ses enfants, et de ne plus baisser la tête, grâce à une plume pour témoigner. Essayer de comprendre ce qui est arrivé.
Se comprendre aussi. Pourquoi est-elle restée ? Quels mécanismes l’enchaînaient ainsi à son bourreau ? De là, sortira cette lettre éprouvante dans laquelle, on retient aussi la longue impunité de celui qui bat, l’inefficacité des sanctions, la lâcheté des passants, la complicité de certains et l’on reste coi devant la manière dont un homme transforme sa névrose en une inépuisable haine envers la femme qui partage tout avec lui :

A toi… mon autre.
Engloutie par le malheur et la culpabilité, je t’écris cette lettre pour te dire que je vais reconstruire ma vie et pas en t’oubliant. Oui, j’ai décidé de reprendre goût à la vie avec ton souvenir au plus profond de mon âme.
Mon autre… Toi avec qui j’ai partagé la souffrance autant que le bonheur. Toi grâce à qui j’ai frôlé ce que je n’aurais jamais imaginé vivre. Toi pour qui j’ai porté le plus noble des fruits qu’une femme puisse donner. Toi en qui je n’ai jamais cessé de croire avec dévotion, loyauté et soumission.
Je me souviendrai de tes gifles, les coups de pieds sur le dos et moi à quatre pattes, la face écrasée contre la céramique des toilettes ; je me souviendrai du beurre noir sur les yeux, des insultes, de tes mains autour de mon cou, du souffle que j’ai perdu quand tu m’as soulevée du plancher, du long sifflement qui a envahi mes oreilles après que j’aie perdu connaissance, du poids de ma tête à mon réveil après avoir passé la soirée à pleurer, des empreintes que ton poing a dessiné sur mon visage, de toi en train de me traîner par les cheveux…
Je ne t’en veux pas mais alors là, pas du tout, de m’avoir battue ou humiliée… j’ai trop de compassion pour faire ça. Je t’en veux pour ce que tu as essayé de me laisser imaginer en prenant soin de moi, deux ou trois jours après l’incident , pour t’en lacer après comme si ce n’était que mon dégât. Je t’éclaire, c’est le tien. C’est toi qui devrais avoir honte, parce que c’est toi qui nous as humiliés.
Quand tu es une femme normale, tu souris pour sourire, pas besoin de raison pour sourire, tu peux sourire à pleine bouche. Mais quand tu es mal traitée, tu souris pour rassurer. Tu souris pour camoufler. Je souriais pour que tu ne te sente pas mal en me voyant comme tu m’as rendue. Et pourtant, ça me faisait mal, parce que ma lèvre était fendue de l’extérieur, après avoir embrassé ton poing dans ma mâchoire et de l’intérieur, après avoir embrassé mes propres dents, pour encaisser le choc de ton « amour ».
L’amour. Cette stupide maladie
hostile.
Un jour, après que tu m’aies ruée de coups, je me suis soulevé pour essayer de nettoyer ta maison, pour préparer à manger, pour ton bien être… Pas pour le mien que tu venais d’ensanglanter.
Quand tu es une femme battue, à chaque fois tu te dis que c’est la dernière fois. Et tu te crois, parce que tu es conne. Mais tu sais que c’est faux, parce que dans le fond, tu n’es pas conne. Quand tu es une femme battue, tu sais que tu n’as pas de fin heureuse, ni de pause, juste des courts moments de répit qui marquent une séparation entre deux sessions de toi qui se fracasse. Quand tu es une femme battue, cher ami qui m’a battue, tu es consciente de ta fragilité. Quand tu es une femme battue, ton instinct de survie est souvent éteint, feint.
Le déclic, dans le jargon des femmes battues, c’est la fraction de seconde durant laquelle il n’y rien qui se passe et pourtant tu es certaine que tu t’apprêtes à en avoir une. Tu n’as même pas besoin de croiser ton regard pour le comprendre, il suffit juste que tu schématises ta peur. Puis d’ailleurs, heureusement que je n’ai pas besoin de mes yeux pour le voir, surtout que tu ne m’en as laissé qu’un seul.

Quand tu es une femme « normale », tu te tiens avec d’autres femmes « normales » et vous vous échangez des potins. Quand tu es une femme battue, tu ne te tiens plus.
Quand tu es une femme battue, le genre de connerie que tu peux te sortir pour te détendre c’est style « Bats ta femme : si tu sais pas pourquoi, elle, elle le sait ». Ça ne me fait pas rire, ça me coupe juste les cuisses en jambons.

Quand tu es une femme battue, il n’est jamais simple de prendre ses choses et partir. Pourtant il le faut,  si parmi vous existent des femmes victimes de violence, prenez vos choses et partez, aujourd’hui, avant de finir dans une tombe. Il aura beau vous dire que c’est la dernière fois, mais avec lui, on ne peut jamais croire que ça pourrait être la dernière fois.
J’aurais voulu partir plutôt cher ami qui m’a battue. J’aurais voulu partir avec ma vie avant que tu ne l’esquinte plus et sans remords. Mais là c’est trop tard, tu es mort et aujourd’hui je t’écris.
Aujourd’hui mon ami, je suis une ex-femme battue et c’est le 15 ème jour du reste de ma vie.
Moi qui t’ai aimé sincèrement..

Amal Bint Nadia

Capture du film "The Stoning of Soraya M"

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