Entre égalité et inégalités : La vie privée comme miroir

« Egalité  hommes /femmes » : voilà des mots qui font grincer plus d’un. Certains voient  que si une femme cherche à être l’égale de l’homme, c’est qu’elle se situe déjà dans une position inférieure à lui. Logique spécieuse qui sert à dénigrer les principes du  féminisme. Les cerveaux les plus abrutis confondent, quant à eux, égalité et similarité. Les politiques d’état se sont toujours emparés de la notion « égalité des sexes » pour  instrumentaliser la cause des femmes. Le mot est martelé dans les médias les jours de « fêtes de la femme » comme ils disent. Ce féminisme d’état officiel  n’a fait que vider ces mots de leurs sens, et maintenir un  « joli  » discours sur les droits des femmes. Mais si l’égalité, elle, est abstraite et utopique, les inégalités, sont par contre,  réelles et concrètes. Plutôt que de parler d’égalité, parlons des inégalités entre les hommes et les femmes, parlons des iniquités des chances.

Inégalité persistante entre hommes et femmes dans la sphère privée

La sphère privée (couple, famille, etc.) est un foyer incontestable des inégalités entre les femmes et hommes. On n’a pas besoin d’être féministes, pour s’accorder tou(te)s à dire beaucoup de femmes se sentent opprimées dans le socle de leurs vies privées. Les féministes qui ont scandé le slogan «  le personnel est politique » ont vite compris que  le champ de bataille se situe aussi dans les foyers, les familles et même dans l’intimité des hommes et des femmes. L’état, quant à lui, a toujours tenté d’organiser cette sphère privée en instaurant des lois. Pour nous, le code du statut personnel  de 1956, a donné aux femmes un statut exceptionnel en limitant les inégalités dans la sphère privée : abolition de la polygamie, de la répudiation, instauration du divorce juridique, consentement des femmes dans le choix de leurs conjoints. Dans la continuité, la mise en œuvre d’une politique de réduction de la population menée dans les années  70 a donné aux femmes le libre accès à l’avortement et aux contraceptifs. Aujourd’hui, les inégalités dans la sphère privée subsistent  encore et prennent des formes diverses et nouvelles, maintenant ainsi  les inégalités dans la sphère publique (emploi, carrière, etc )

Violences  envers les femmes 

L’enquête menée en 2010 a révélé que 47 % des tunisiennes ont subi la violence par leurs conjoints. Même si la loi les protège des hommes violents, les femmes vivent, dans le silence, le problème des violences comme un problème  personnel .Mais ce qu’il faut surtout comprendre, c’est que cette violence est systémique, c’est-à-dire qu’elle émane des  schémas patriarcaux qui désignent les hommes comme des êtres supérieurs ayant un pouvoir sur les  femmes. Même si, aujourd’hui cette violence commence à sortir du déni social, elle reste extrêmement banalisée dans la société tunisienne, acceptée voire légitimée. Les modèles des familles traditionnelles (et des couples si j’ose dire), très patriarcaux d’ailleurs, ont toujours légitimé une certaine violence « éducative » et sur les femmes et sur les enfants. Nos proverbes tunisiens cristallisent au mieux cette dimension patriarcale des rapports au sein de la famille  « أضرب القطوسة تتربى العروسة »(en tapant la bête, tu éduques  la fillette (ou la jeune mariée)) stipule  le proverbe dans son sens premier.

Mais à défaut  d’être  politique, le privé des femmes  devient  un spectacle, il devient  un show. Viol, abus, inceste et fémicides  ont toujours figuré sur les colonnes de faits divers dans les journaux. La banalisation des violences sur les femmes a atteint son paroxysme sur des plateaux télévisés, le traitement médiatique des violences envers les femmes est dévastateur ( justification de la violence voire éloge), alors que ,de l’autre côté , la société civile fait de son mieux pour se battre contre cette injustice , en menant un travail de prise en charge des femmes ayant subi ces violences . Il reste néanmoins , un travail énorme sur la conscientisation des femmes et des hommes et sur la politisation du privé* ( le premier centre d’accueil étatique pour femmes ouvrira en 2015 )

La répartition des tâches ménagères

Nul besoin d’enquête pour savoir que la plupart des femmes en statut marital assument à elles seules une grande partie des tâches ménagères et de l’éducation des enfants dans le couple . La division stéréotypée des rôles féminins et masculins, longtemps maintenue dans notre éducation, a toujours prioritairement assigné aux femmes des tâches liées à l’espace domestique (intérieur) en opposition aux hommes qui devait assurer des rôles professionnels (extérieur ). Cette construction des identités féminine et masculine  a donné une situation inégale de partage du travail au sein de l’espace domestique et familial. Mais cette répartition n’est pas moins liée à l’espace qu’aux qualités des tâches. Là où lesfemmes-rurales2-640x317[1] femmes dans les villes se sentent de plus en plus pesées par des charges domestique (et autres), alors que « leurs » hommes donnent priorité à leurs vie professionnelles et loisirs, les femmes rurales effectuent à l’extérieur un travail plus rude tandis que « leurs » hommes préfèrent chômer chez soi. Cette  division inégalitaire du travail domestique et familiale  fait obstacle à l’épanouissement personnel et professionnel des femmes.

Des contraintes sociales qui pèsent sur le dos des femmes

Virginité, mariage, maternité, autant de pressions sociales exercées sur les tunisiennes. Alors qu’on valorise plus les choix personnels des hommes (célibat, libertinage), ceux des femmes sont nettement plus stigmatisés.

L’héritage  

Les femmes reçoivent encore  la moitié de l’héritage perçu par  les hommes.

Le sexisme et les stéréotypes de genre

Objectivation du corps féminin, male gaze, assimilation au produit, des moyens 1982068_10202564113738275_1317559357_n[1]dont le discours publicitaire ne se prive pas pour vendre et véhiculer des stéréotypes féminins dégradants pour les femmes, le stéréotype de la femme-objet /femme-produit est le plus flagrant ces dernières années. (nous y reviendrons)

Le déplacement en ville

L’espace public n’est pas partagé en égalité entre les hommes et les femmes. La ville (en particulier le centre-ville de Tunis) serait un espace anxiogène pour les femmes.  Etre seule, marcher seule en ville n’est pas une évidence. Nous en avons fait toutes l’expérience.  Avez-vous  pensé aux vêtements que vous allez porter dans la ville ? Etes-vous passée de l’autre côté du trottoir en vous approchant d’un café bondé d’hommes ? Avez-vous contourné votre parcours pour éviter les endroits trop sombres, trop vides ? Voilà des stratégies que les hommes n’adoptent  pas, pour la seule raison que la ville leur appartient. Ainsi, nous nous ne déplaçons pas de la même manière. Les femmes craignent d’être confrontées à l’ harcèlement de rue et aux agressions, car l’insécurité est réelle. Dans les transports en commun, certaines sont sujettes à des attouchements sexuels, des témoignages ont reporté même des harcèlements de la part de chauffeurs de taxis.

L’accès des femmes rurales  à la santé reproductive et sexuelle

L’accès des femmes rurales tunisiennes à l’avortement et aux moyens de contraception reste limité, une situation accentuée par la précarité de ces femmes rurales, qui ne choisissent pas souvent une descendance nombreuse. Quant à l’accès aux soins médicaux et obstétricaux, il est de plus en plus difficile en l’absence de dispensaire de santé à proximité des régions rurales.

L’intimité

Le tabou social sur la sexualité des femmes et la sacralisation de la virginité,  poussent beaucoup de tunisiennes, sexuellement actives, à recourir aux chirurgies réparatrices de l’hymen (lucratives pour certains médecins) quand elles rencontrent des hommes «  exigeants ». Un choix par certaines mais qui n’est pas réellement un choix , plutôt une injonction sociale injuste  car cette injonction de «  pureté » concerne seulement les femmes et  n’a pas d’équivalent chez les hommes. Elle porte préjudice à leurs capacités à se faire plaisir et s’épanouir sans honte ni culpabilité.

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